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La censure, fourbe et insidieuse

Le dernier billet du blog BD de Martin Vidberg laisse un goût amer. Alors qu’il participait à un festival de jeux de société, le dessinateur (qui a apporté sa patte graphique à l’un d’eux) apprenait que le jeu pour lequel il venait était … interdit. Oui, on a interdit à un jeu de société d’être présent à un festival. Pas un jeu porno ou raciste hein, il est même possible d’y jouer à partir de 12 ans. Non, là c’est autre chose qui dérange. Mais quoi ?

Une censure qui ne dit pas son nom

Ce jeu permet d’incarner un homme (ou une femme) politique en campagne, qui doit rapporter le maximum de voix. Superbe coup médiatique, il a été nommé Casse’toi pov’ con par son créateur Ludovic Maublanc et Martin Vidberg a bien évidemment centré les illustrations sur l’auteur de la phrase, Nicolas Sarkozy. Comme le raconte Martin Vidberg, alors que France 3 était présent sur l’évènement et comptait parler du jeu, l’organisateur du festival a été informé que si la dédicace avait lieu ou que le jeu passait à la télévision, les subventions de la mairie seraient supprimées. La belle affaire, on met en jeu de l’argent pour faire taire.
Mais pourquoi donc ? En quoi un jeu, dont seul le nom est parodique, doit-il ainsi être caché ? France 3 confirme cette version, tandis que le Maire de Saint Apollinaire déclare, lui, que le jeu était présent dans les allées durant deux jours, qu’il lui a même été présenté et qu’aucune pression n’a été faite. Comme toujours, deux versions, donc au moins un menteur.

J’ai peine à croire qu’un organisateur de festival, un créateur de jeu, un illustrateur et deux journalistes se soient donnés le mot alors que c’est un petit jeu dans un petit festival se tenant dans une petite ville. En revanche, que quelqu’un à la mairie ait décidé, sans même recevoir de consigne extérieure, que ce jeu ne devait pas être vu, ça, c’est moins surprenant, mais inquiétant.
Inquiétant car c’est à mon avis la pire des censures : celle qu’on applique parce qu’on pense qu’on doit le faire, parce qu’on est certain que ça serait demandé de toute façon. Hey Monsieur Rémi Delatte, ce n’est pas parce que vous faites partie de l’UMP qu’il faut tenter de devancer les hypothétiques désirs d’une personne que vous imaginez blessée par ce jeu ! Vous avez déjà entendu parler de l’effet Streisand ? À vouloir cacher quelque chose, on lui donne subitement bien plus d’exposition que si l’on n’avait rien fait. Si des visiteurs de ce festival pouvaient nous dire si oui ou non le jeu Casse-toi pov’ con était présent sur un stand ou s’il était effectivement interdit, ce serait intéressant.

Personnellement, je vais de ce pas envoyer un courrier à Rémi Delatte, pour lui expliquer en quoi son action contre ce jeu me choque. Pour lui écrire, c’est par ici.
Il devrait être à l’écoute. Après tout, il vient de publier un ouvrage dont le titre est « Un député à vos côtés ». Non ?