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Identité obligatoire pour surfer, on y est

L’an dernier, je m’inquiétais de l’arrivée de la carte d’identité numérique, qui risquait fort de devenir obligatoire pour se connecter à Internet, permettant alors une surveillance massive de la population. Ça revient aujourd’hui sur le devant de la scène, par le biais de l’Europe. L’article est à lire sur Numerama : Les enfants, chevaux de Troie de la carte d’identité numérique ?

On dit souvent qu’il ne suffit pas de répéter 1 000 fois un mensonge pour en faire une vérité, mais certains semblent croire qu’en présentant 1 000 fois une énormité, sous différents aspects, on transforme une entrave aux libertés en fonctionnalité acceptée du plus grand nombre. Et on en trouvera pour applaudir de se faire passer le licou…
Dernier détail : je trouve déjà ça particulièrement malsain d’utiliser une fois de plus le prétexte de la protection de l’enfance pour faire passer un tel dispositif. Forcément, ceux qui s’y opposeront passeront pour des « monstres qui veulent que les enfants se fassent tous violer ». Comme d’habitude, on va déresponsabiliser un peu plus les gens. Mais au final, le pire, c’est qu’en appliquant ça, les enfants qui auront grandi avec ce système n’y trouveront plus tard rien à redire. D’ici là, quelles autres lois seront passés « pour votre protection » ?

Remarque personnelle : voilà un bien triste moyen de rendre hommage à l’inventeur de la carte à puce, Roland Moreno, disparu il y a peu dans la plus totale indifférence.

Présidentielles : Question aux candidats

On est à moins de cent jours du premier tour des élections présidentielles. Alors que les différents candidats commencent à dire pourquoi il faudrait voter pour eux, je regrette qu’aucun ne parle d’une énormité votée l’an dernier, et sur laquelle les médias télévisés ne sont pas étendus : le fichage généralisé de toutes les personnes de plus de 15 ans via une nouvelle carte d’identité, biométrique.

J’en causais un peu en avril 2011. Trois mois plus tard, c’était voté (par onze députés …) et le fichage de tous les citoyens honnêtes était légalisé. À l’époque, les médias généralistes à en parler étaient très peu nombreux (le Nouvel Obs faisait partie des exceptions). Mais surtout, ce qui me sidère, c’est que dans les discours actuels des différents prétendants au pouvoir présidentiel, pas un ne s’exprime à ce propos. Certes, le chômage inquiète tout le monde. Au lieu de savoir qui abrogera Hadopi (même si le sujet ne manque pas d’intérêt), je serais le premier à être intéressé par l’avis des candidats déclarés :

François BayrouChristine BoutinJean-Pierre Chevènement, Nicolas Dupont-AignanFrançois HollandeEva JolyCorinne LepageMarine Le PenJean-Luc MélenchonHervé MorinFrédéric Nihous et Dominique de Villepin.

Vous aurez remarqué que Nicolas Sarkozy n’est pas dans la liste. Tout d’abord parce qu’il n’est officiellement pas encore candidat. Ensuite parce qu’il aurait beaucoup de mal à critiquer une décision prise sous son mandat, par son bras droit Claude Guéant. Ce billet sera annoncé sur Twitter, et chaque compte listé ci-dessus sera averti. On verra qui prend la peine d’y répondre.

Carte d’identité biométrique, c’est quoi ça ?

Pour rappel, ce changement permettra la mise en place d’un fichier centralisé regroupant tous les citoyens français, avec 8 empreintes digitales en plus de la photo. Un délit commis et personne à suspecter ? Priez pour qu’on ne trouve pas une empreinte ressemblant à la vôtre. Priez surtout pour que le système ne soit pas corrompu. Surtout avec un tel fichier croisé aux nombreux fichiers illégaux de la Police et pas forcément à jour.
Et si vous faites partie de ceux qui pensent qu’un tel fichage ne devrait être craint que de ceux qui ont quelque chose à se reprocher, c’est que vous êtes mûr pour accepter la Novlangue qui se met en place.

Internet, filtrage et libertés à venir … ou à perdre

Filtrage, internet, censure, LOPPSI : joli cheptel de mots pas forcément compatibles et pourtant régulièrement à la Une ces derniers mois, dans les journaux spécialisés ou généralistes. Et si les premiers restent (très …) évasifs, les seconds tirent sans cesse la sonnette d’alarme. À juste titre, et je vous invite à consulter ce très bon billet de JM Planche pour avoir un point de vue technique mais aussi « éthique » sur ce qui nous pend au nez avec ce qui vient d’être publié à Journal Officiel.

Je ne ferai pas ici de politique. Enfin si, mais au sens large. C’est sans doute un « détail », mais j’ai tendance à penser qu’un Gouvernement, quel qu’il soit, qui utilise le premier prétexte venu, pour tenter de filtrer un media, est un Gouvernement dont il faut se méfier. Surtout quand ledit media peut (et doit) servir à tout un chacun pour donner son opinion et échanger avec d’autres citoyens. Bien entendu, un programme électoral ne se réduit pas à ça ; mais ce sera pour moi un élément primordial, car je ne pourrai pas faire confiance à quelqu’un qui ne pourra pas me promettre qu’il ne viendra pas me mettre des chaînes autour des mains ou entraver ma pensée. Le filtrage en amont, sans décision de justice, c’est le mal. Pour Internet comme pour les peuples. Le pire, c’est qu’on a des exemples par dizaines mais que « ils » persistent à nous faire croire que c’est positif …

Vol et vie privée, avec LAPI

Relayée par Motomag, une information du Courrier Picard a attiré mon attention sur un élément dont aucun des deux journaux ne parle. Un système dédié au repérage des véhicules volés est installé sur le toit de véhicules de la Gendarmerie. Son nom en dit toutefois un peu plus : LAPI, soit lecteur automatisé de plaques d’immatriculation.

En fait, LAPI scanne (à 360°) toutes les plaques d’immatriculation qui passent à proximité. Bien évidemment, c’est un sérieux atout pour repérer un véhicule volé. Enfin, si le voleur n’a pas changé la plaque auparavant. Mais ce qui est plus inquiétant, c’est la destination des plaques scannées. Si le véhicule n’est pas volé, le numéro identifié est-il détruit ? Sans ça, voilà un superbe outil pour savoir qui est où est quand. Installé un peu partout, c’est un système imparable pour suivre quelqu’un à la trace, même s’il n’a pas de téléphone portable. D’autant que les LAPI peuvent être installés au niveau des péages (urbains ou d’autoroute) en plus des versions mobiles.

D’après le Courrier Picard, les numéros sont détruits au bout de quelques jours. Combien ? Où sont stockées les infos durant ce laps de temps ? Sont-elles chiffrées ou « librement » accessibles ?
Je sens que les fausses plaques vont se généraliser … Enfin notons le discret rappel :

il ne s’agit pas là de vidéo-surveillance, mais de vidéo-protection

Car, on le sait, la surveillance c’est moche alors que la protection, tout le monde en veut.

Vers un fichage des citoyens honnêtes

C’est connu : si vous n’avez rien à vous reprocher, n’ayez pas peur …

C’est fait. La carte d’identité numérique, dont je parlais en avril dernier, est une réalité puisque l’Assemblée vient de l’adopter, comme l’indique Numerama. Durant les débats, un député (je retrouverai son nom dans un instant) avait clairement présenté la chose : « on va ficher les gens honnêtes ». Un fichage généralisé à une telle échelle, c’est du jamais vu, surtout dans un pays dit démocratique.
Officiellement, cette carte permettra de s’identifier « de manière sécurisée » (laissez-moi rire …) sur les sites institutionnels. Mais ensuite ? Allez, dans 10 ans, sans cette carte, impossible d’aller sur internet, qui sera de toute manière filtré « pour protéger les plus jeunes ».

Le plus scandaleux dans l’affaire ? Il y avait 11 députés dans l’hémicycle pour voter cette loi. Oui, ONZE ! Foutage de gueule ? Assurément.

Carte d’identité à puce : La fausse bonne idée

Un article de ce matin publié sur PC INpact ressort le serpent de mer auquel on n’ose croire : une CNI (carte nationale d’identité) équipée de puces électroniques.
Si le texte en question parle d’une puce regroupant les informations habituellement écrites sur la CNI, il soulève deux problèmes.

En premier lieu, cette puce, qui ne contient finalement rien de plus que ce qu’on peut liure sur ladite carte actuelle, sera certainement une puce RFID. Du coup, il sera possible de lire à distance les informations qu’elle contient. Et là, ça me dérange déjà un peu.
Mais surtout, il est question d’implanter une seconde puce, qui servira à s’identifier sur internet et donc à prouver qu’on est bien la personne associée à notre nom et notre prénom.
Là, je coince carrément. Pour un tas de raisons. De la plus anodine (et encore …) à la plus dérangeante :

Qui va payer l’équipement nécessaire à la lecture à domicile ? Un lecteur de carte sécurisé à un coût. Et je prends le pari que ça ne fonctionnera qu’avec Windows ou Mac OS et quelques navigateurs.
Il est précisé que « le titulaire de la carte d’identité qui l’utilisera pour s’identifier sur des réseaux de communication électronique ou pour mettre en œuvre sa signature électronique doit rester maître des données d’identification qu’il communique à cette occasion » Mais à part en faisant confiance au système, comment s’assurer de ce qui sera vraiment transmis ?
Il est dit que cette seconde puce sera « optionnelle » et qu’on ne devra pas refuser une vente si la carte ne possède pas cette seconde puce, très bavarde. Et deux ans après, quand ce sera généralisé, sera-t-on toujours si catégorique ?
Apparemment, le principe, sous une forme plus légère, existe en Belgique et les internautes ne semblent pas s’en plaindre. Dans certains pays, une telle identification est obligatoire pour une simple connexion à internet. Et chez nous ?

Alors qu’Hadopi envisage de mesurer la teneur des échanges de fichiers, que la loi LOPPSI2 ratisse très large et que les têtes pensantes se rendent compte qu’une véritable défiance s’installe sur le Web, plus difficile à contrôler que les médias traditionnels, ne peut-on pas légitimement s’inquiéter de cette nouvelle CNI ?
Et puisqu’on sait que tout ce qui « électroniquement sécurisé » finit par être reproductible, qu’en sera-t-il des usurpations éventuelles ?

LOPPSI et filtrage, c’est parti

C’est fait, les Sénateurs ont adopté en seconde lecture l’article 4 de la loi LOPPSI 2. Il y a de nombreux sites qui expliquent les tenants et aboutissants de cet article, je vous laisse donc aller jeter un œil ici, ou encore .
En résumé : il sera désormais possible (enfin quand le décret sera publié, mais ça ira vite cette fois, j’en fais le pari) pour une autorité administrative d’exiger des fournisseurs d’accès qu’ils coupent l’accès pour leurs abonnés à un site donné, et ce, sans qu’un juge ait statué sur l’illégalité manifeste dudit site. C’est simple : « Bloquez ce site, on a décidé que les internautes français ne devaient pas pouvoir le lire, et la loi vous y oblige ». L’argument massue est bien connu, il faut lutter contre la pédopornographie.

En route vers la joie … de la censure

Là, forcément, la majorité des Français se ralliera à cette décision, car la pédopornographie, c’est un fléau. Certes, cette pratique est une abomination. Mais … très honnêtement, et sans vous baser sur des études officielles (et officiellement opaques), vous êtes déjà tombé sur un site pédophile par hasard vous ? En plusieurs années d’utilisation quotidienne et intensive du Web, je n’ai jamais été confronté à ce cas. Donc, à moins de le chercher, je ne vois pas comment un internaute (français ou ouzbek) pourrait voir s’afficher un site de cette nature.
Ce qui inquiète les gens soucieux de leurs libertés tout comme des vôtres, c’est qu’il suffit de regarder ailleurs pour comprendre l’issue d’une telle loi. Car sans l’intervention d’un juge, comment savoir si le site qu’on exige de bloquer est vraiment illégal ? On nous parle déjà sans sourciller d’un filtrage. Bientôt on dira « filtre pour votre  sécurité et celle de vos enfants », mais un mot plus court existe : censure. On ne pourra donc regarder que ce que des autorités (sans doutes très compétentes …) voudront bien nous laisser regarder.

Un dernier détail : vous pensez vraiment que les pédophiles, les terroristes, les néonazis, les [ajoutez ici tout ce qui peut faire frémir, à raison, le peuple] ont attendu l’éclosion d’internet pour sévir ? Et pensez-vous décemment que sans internet ils arrêteraient leurs activités ? La LOPPSI2 va poser un drap blanc sur votre connexion en clamant avoir nettoyé internet. Elle aura en réalité noué un bandeau sur vos yeux, et un bâillon sur les sites qui dérangent, mais qui ne dérangent pas ceux qu’on croit.

Sémantique : Les caméras dans LOPPSI 2

Changer un mot pour autre, c’est souvent anodin. Sauf quand c’est dans un texte de loi. Ainsi, la loi LOPPSI 2 (Loi d’Orientation et de Programmation pour la Performance de la Sécurité Intérieure), adoptée le 17 février 2010 et dont certains amendements viennent d’être rejetés par la commission des lois du Sénat, comporte un article intéressant, sémantiquement parlant.

La première ligne de l’article 17 change un terme par un autre. Au revoir à la vidéosurveillance, bienvenue à la vidéoprotection. Comme dans la chanson, c’est peut-être un détail pour vous, mais pour [nous tous], ça veut dire beaucoup.

La vidéosurveillance, c’est mal, personne n’aime être surveillée, un peu comme si on était des gamins à qui on ne peut pas faire confiance. La vidéoprotection, c’est forcément génial et pour le bien de tous, puisque c’est pour nous protéger. Ben oui, c’est même le mot qui le dit. Du coup, ceux qui étaient contre la vidéosurveillance − pour des raisons de liberté individuelle, de respect de la vie privée, par peur des abus, etc − ne peuvent décemment pas être contre la vidéoprotection. En effet, qui oserait dire qu’il est contre la protection, dusse-t-elle être apportée par la pose systématique et extensive de caméras ?

Exemple pratique avec ce que pourraient penser les millions de M. et Mme Michu devant le journal télévisé du soir.

– Nous allons mettre en place environ 60 000 caméras, dans le cadre de notre grand plan de vidéosurveillance.
Ha, ils n’ont que ça à faire, à vouloir nous surveiller comme si on était tous des bandits ?

– Nous allons mettre en place environ 60 000 caméras, dans le cadre de notre grand plan de vidéoprotection.
Enfin, ils font quelque chose pour arrêter les bandits. C’est bien, et ça n’embêtera pas les honnêtes citoyens.

Caricatural ? Demandez autour de vous si les gens aimeraient être surveillés. Demandez ensuite s’ils aimeraient être protégés.

Eh oui, on va vous surveiller, mais puisqu’on vous dit que c’est pour votre propre protection …

Bon courage … pour prendre l’avion

Les députés ont approuvé aujourd’hui le projet de loi (dans le paquet LOPPSI sur lequel on reviendra très vite…) l’installation de scanners corporels dans les aéroports français. Mention spéciale à Brice Hortefeux pour son explication fantastique.
Car il a tenu à préciser que le passage dans ce scanner se fera « avec le consentement de la personne » en ajoutant que tout ça reste « facultatif ». Mais on ne manquera pas de sourire sur la dernière partie de phrase : en cas de refus, la personne « ne prend pas l’avion ».

C’est donc facultatif, mais finalement obligatoire. Alors à toi qui voudra prendre l’avion mais devra faire face au délit de sale gueule ou de nom trop étrange, bon courage !

Source : Le Monde