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Vol et vie privée, avec LAPI

Relayée par Motomag, une information du Courrier Picard a attiré mon attention sur un élément dont aucun des deux journaux ne parle. Un système dédié au repérage des véhicules volés est installé sur le toit de véhicules de la Gendarmerie. Son nom en dit toutefois un peu plus : LAPI, soit lecteur automatisé de plaques d’immatriculation.

En fait, LAPI scanne (à 360°) toutes les plaques d’immatriculation qui passent à proximité. Bien évidemment, c’est un sérieux atout pour repérer un véhicule volé. Enfin, si le voleur n’a pas changé la plaque auparavant. Mais ce qui est plus inquiétant, c’est la destination des plaques scannées. Si le véhicule n’est pas volé, le numéro identifié est-il détruit ? Sans ça, voilà un superbe outil pour savoir qui est où est quand. Installé un peu partout, c’est un système imparable pour suivre quelqu’un à la trace, même s’il n’a pas de téléphone portable. D’autant que les LAPI peuvent être installés au niveau des péages (urbains ou d’autoroute) en plus des versions mobiles.

D’après le Courrier Picard, les numéros sont détruits au bout de quelques jours. Combien ? Où sont stockées les infos durant ce laps de temps ? Sont-elles chiffrées ou « librement » accessibles ?
Je sens que les fausses plaques vont se généraliser … Enfin notons le discret rappel :

il ne s’agit pas là de vidéo-surveillance, mais de vidéo-protection

Car, on le sait, la surveillance c’est moche alors que la protection, tout le monde en veut.

Sémantique : Les caméras dans LOPPSI 2

Changer un mot pour autre, c’est souvent anodin. Sauf quand c’est dans un texte de loi. Ainsi, la loi LOPPSI 2 (Loi d’Orientation et de Programmation pour la Performance de la Sécurité Intérieure), adoptée le 17 février 2010 et dont certains amendements viennent d’être rejetés par la commission des lois du Sénat, comporte un article intéressant, sémantiquement parlant.

La première ligne de l’article 17 change un terme par un autre. Au revoir à la vidéosurveillance, bienvenue à la vidéoprotection. Comme dans la chanson, c’est peut-être un détail pour vous, mais pour [nous tous], ça veut dire beaucoup.

La vidéosurveillance, c’est mal, personne n’aime être surveillée, un peu comme si on était des gamins à qui on ne peut pas faire confiance. La vidéoprotection, c’est forcément génial et pour le bien de tous, puisque c’est pour nous protéger. Ben oui, c’est même le mot qui le dit. Du coup, ceux qui étaient contre la vidéosurveillance − pour des raisons de liberté individuelle, de respect de la vie privée, par peur des abus, etc − ne peuvent décemment pas être contre la vidéoprotection. En effet, qui oserait dire qu’il est contre la protection, dusse-t-elle être apportée par la pose systématique et extensive de caméras ?

Exemple pratique avec ce que pourraient penser les millions de M. et Mme Michu devant le journal télévisé du soir.

– Nous allons mettre en place environ 60 000 caméras, dans le cadre de notre grand plan de vidéosurveillance.
Ha, ils n’ont que ça à faire, à vouloir nous surveiller comme si on était tous des bandits ?

– Nous allons mettre en place environ 60 000 caméras, dans le cadre de notre grand plan de vidéoprotection.
Enfin, ils font quelque chose pour arrêter les bandits. C’est bien, et ça n’embêtera pas les honnêtes citoyens.

Caricatural ? Demandez autour de vous si les gens aimeraient être surveillés. Demandez ensuite s’ils aimeraient être protégés.

Eh oui, on va vous surveiller, mais puisqu’on vous dit que c’est pour votre propre protection …

Radars et sécurité routière : 45 vies sauvées pour justifier la surveillance ?

Une fois n’est pas coutume, je cite un pan entier de l’édito de l’excellente revue de presse de Laurent, sur lesmotards.com. Il joue de la division pour démontrer à quel point les radars de tronçons seront non seulement peu efficaces mais cachent surtout un système quelque peu inquiétant et sécuritaire sous des apparences de sécurité.

Donc, outre le flicage de plaques et la haute technologie (reconnaissance de forme tout de même), on y apprend que moins de 5% des accidents ont lieu sur autoroute. Problème de math : sachant que, sur autoroute, 4 morts sur dix est un piéton, que globalement le facteur vitesse est présent dans 30% des accidents, combien de vies au maximum la haute technologie des radars tronçons peut-elle sauver ?
Résolution (oui on est revenu à l’école, youpi j’ai 10 ans). 4500 morts à la louche, moins de 5% ça fait 225, je retranche les 40% de piétons ça fait 135, je prends le tiers 45 ! Super : on va sortir les dernières technologies des systèmes d’information, on va nous fliquer comme jamais (avec la plaque on sait qui passe où et à quelle heure), pour épargner si le dispositif répressif à 100% efficace (ce qui est forcément faux !) 45 vies en étant optimiste. Vous me direz : mais de quoi il se plaint, c’est un fou, si c’est son enfant qui meurt dans les 45, etc. etc. A 10 000 à 20 000 accidents mortels postopératoires, 10 000 par les anti inflammatoires selon certaines sources, 40 000 arrêts cardiaques que l’on pourrait réduire de moitié si l’on a un bon taux d’équipement de défibrillateurs, plus de 10 000 suicides, elle est où la logique ? Et pendant ce temps certains nous amusent pour savoir dans quel sens on coupe les sandwiches ou si la tête d’un tel est catholique ou pas (oui je sais, c’est un poil polémiste, mais avouez, par rapport au nombre de morts sus cité, c’est quoi la priorité ?). On se calme …

Car comme il le précise bien, que deviendront les données enregistrées par ces caméras qui filment en permanence la route et savent qui passe sur telle route, à telle heure ? Après tout, une plaque est nominative, puisque rattachée à UN véhicule. La CNIL s’est-elle prononcée ?
Question à creuser, ce qui sera bientôt fait.