Dimanche, 28 mai 2006
Rouler sur la moto d'un autre
Voilà une semaine qu'elle a testé ma moto, et on a l'occasion de tester celle qui devrait être à elle dans peu de temps. En effet, son proprio est à Nogaro ce dimanche et il nous propose de venir essayer sa machine.
Bon, Nogaro n'est pas loin, la météo nous assure qu'il fera beau et même si on ne peut pas rouler avec, au moins on pourra la voir autrement qu'en photo. On fonce.
Départ sous un ciel timide, il fait frais et gris ... pour peu de temps. Après quarante kilomètres le soleil pointe le bout de ses rayons, nous permettant d'avaler sans souci les virages des routes gersoises. Enfin presque. Si tout se passe bien pour moi, il semble que le port d'un pantalon de piste soit un calvaire à l'arrière, à cause de la position imposée. Pour bien faire, je fais au plus vite. Quoi ? C'est mal de rouler vite ? ![]()
Arrivés sur le parking gigantesque du Circuit de Nogaro, il faut à présent trouver Lleidos. Je ne suis venu qu'une fois sur ce circuit, en spectateur, trois ans auparavant et je me rappelle du nombre incroyable de motos qu'on pouvait garer. Bon, on fait doucement le tour des parkings, une TRX avec un carénage avant de R6 et un cul de Dayto, ça devrait vite se repérer. En attendant, ceux qui se font repérer, ce sont ces deux zozos déambulant au ralenti sur une moto fuschia avec les sliders sur leurs pantalons.
Tiens, ne serait-ce pas un arrière de Daytona ça ? On stoppe et je vois Lleidos nous saluer d'un grand geste tout en balançant un « purée, le rose, en campagne, fallait oser ! » avec un grand sourire. Rapides présentations, je les laisse causer et fais déjà le tour de la bestiole. Y a pas à dire, un tel plumage, ça lui donne une sacrée allure. Même si j'ai un faible pour le look "rétro" des anciennes sportives, cet arrière d'anglaise ne peut me laisser indifférent. Quant au pot sous la selle, j'en ai encore de la bave plein le casque. J'ai même cru que Cracotte commençait à bouder.
Bon, il est bientôt quatorze heures, les sessions vont reprendre, si la miss veut tester la bestiole, il faut aller s'inscrire. Quoi ? Bon, elle insiste pour que je roule, je tente de me défiler en disant qu'elle a testé une TRX la semaine d'avant, qu'elle verra bien si celle-ci est saine, que je connais pas le tracé, que c'est pas la mienne, et donc que je vais pas oser taper dedans pour voir si elle tient vraiment, qu'il fait chaud (ça commence à sacrément cogner), qu'on va pas payer deux demi-journées pour juste une session chacun, bref, tout ce qui me passe par la tête. J'ai failli lancer un « mais de toute façon je sais pas rouler », le souci, c'est que là j'étais crédible.
Bon, nous voilà inscrits tous les deux, j'ai perdu. Elle achève sa victoire par un « bon, ben grouille-toi, tu pars dans 2 minutes ». Ha, parce qu'en plus j'ouvre le bal. On est inscrits dans la série 1, les lents, ça évitera de faire la chaicane mobile sur un circuit qu'on ne connaît pas. Vite, revenir à la moto, enfiler la tenue, m'asseoir sur la brêle. Tiens, les biellettes d'amortisseur raccourcies, ça relève beaucoup l'arrière, reste à voir ce que donne en dynamique. Démarrage et première surprise avec le bruit. Un seul pot au lieu de deux, et surtout un pot qui fait un bruit raisonnable. Bon, pas le temps de trop y penser, il faut filer en prégrille.
Session 1
Purée c'est quoi déjà le tracé ? J'ai tout juste eu le temps de jeter un oeil sur le plan quand on s'inscrivait. Alors un droit, un gauche, un ... et merde, bon on verra quand le virage me sautera à la figure hein, banzaï !
C'est parti pour le tour de découverte, au milieu des cinquante-neuf autres qui se sont élancés en même temps. Bon, mis à part la série de virages dénomée "l'escargot", ce circuit est très rapide, bien plus qu'Arnos. A tel point que la ligne droite semble longue, mais loooooongue. Jusqu'au moment où il faut choper les freins pour l'épingle à droite. Purée c'est quoi cette meule, elle freine pas ! Ha si, il faut juste tirer sur le levier comme un dingue ... Etrange car elle a le même système de freinage que Triscotte. Bon, à prendre en compte au prochain tour. Tour qui devient chronométré car il a monté un Alfano (chrono embarqué).
Il a dit qu'il tournait en combien déjà ? 1'47" ? Mauvaise idée que d'y penser, il connaît la piste, il connaît sa moto et je ne veux prendre aucun risque. Si je suis à moins de vingt secondes en une seule session je serai content de moi. Deuxième tour, les virages sont repérés, reste à tester la machine, ses réactions sur les changements d'angle, les freinages, et voir comment se comporte le moteur. Ca ira vite, sur ce tour les remontées d'infos sont parfaites. C'est une TRX, une vraie. Elle se guide du regard, permet de passer sans toucher aux freins et le moteur est rond, un régal. Le reste de la session sera là pour se faire vraiment plaisir, et c'est à partir de cet instant que je roule de manière détendue.
D'autant que je me rends compte que je ne suis pas le plus lent de la session. Bien entendu je me fais humilier dans la ligne droite par des machines deux fois plus puissantes que celle que je chevauche, mais je vois les vois freiner en entrée de courbe. Moi qui était tout content de mon premier et unique dépassement à Arnos la semaine passée, je me gave ! Intérieurs, extérieurs, c'est un régal. Si c'était ma moto, je tenterais bien un ou deux freinages, mais je ne peux pas me permettre de chuter. Rapides coups d'oeil au chrono lors des passages sur la ligne, ça descend. J'ai commencé à 2'19, je suis à 2'09". Je commence à trouver mes repères, j'arrive à couper les gaz quand il le faut, la moto est posée sur un rail, son potentiel est énorme, ce circuit mériterait même quelques chevaux de plus à la sortie de certaines courbes.
Fin de la session, 2'06". Je ne me suis jamais fait peur, je suis rentré dans les vingt secondes attendues et surtout la moto est parfaite. Mais comment en douter ? L'homme est un maniaque, quoi qu'il en dise, et les quelques modifications qui ont été faites n'ont été que bénéfiques. Le moteur répond mieux à mi-régime, la partie-cycle est plus saine. Seul le carénage intégral vient à gêner mais c'est sans doute une question d'habitude. De là à dire que j'ai des grandes jambes ...
Pause et sonomètre
Il était temps que la session finisse, je suis en nage sous le cuir et j'ai le pantalon collé à la peau. Je jette le blouson et la dorsale, me précipite sur la bouteille d'eau que j'allège d'un demi-litre et on commence à parler de la session. La miss est rassurée quand je lui dis en souriant que je lui vends ma TRX pour racheter celle-ci. Lleidos m'explique plus précisément quels changements ont été faits sur le moteur, me montre ces platines de recul pour les commandes et j'ai déjà plein d'idées pour Triscotte.
On cause, on cause, mais le temps passe et c'est au tour de Lleidos d'aller rouler, dans le groupe des rapides. C'est simple, en prégrille c'est quasiment le seul à ne pas partir sur une GSZCB-X-RR de 150 bourrins, mais il s'en moque, on voit dans son regard qu'il va bouffer de la Kawa !
Dans vingt minutes, c'est à la miss de tourner, elle flippe un peu car elle ne connaît pas les trajectoires, me demande si je veux lui montrer, histoire de rentabiliser ma demi-journée. Mais elle veut que je tourne avec quoi ? Réponse évidente pour elle, avec Cracotte. Alors là, tout y passe. Le pneu monté hier, qui est en gomme dur, le poids de la machine, les soucis si je me plante car c'est notre seul véhicule pour rentrer, le passage obligatoire au sonomètre pour pouvoir entrer sur la piste, mon horoscope négatif que j'ai lu quand j'avais huit ans, bref, tout.
Le souci c'est que mine de rien, je me ferai quand même bien un tour de manège pour décrasser le trois cylindres. Hop, direction le sonomètre. Fichtre, le préposé est d'une rare amabilité. Je suis sûr qu'il aurait fait pleurer Staline. Il me dit de monter à 4.500 tours, sous le coup de l'émotion je grimpe à 6.000. Il me hurle dessus de faire attention, que le bruit peut casser l'appareil (un comble pour un sonomètre) et que si je le casse, je le paye (alors je voudrais bien voir ça). Je redescends, 4.000 tours, ça ira bien. Voilà, 98 dB sur les 102 autorisés ici, j'ai ma pastille.
Il vient pour coller ladite pastille sur le saute-vent, n'y parvient aps, grogne sur les machines en plastique - comme si les sportives avaient des carénages en fonte. Et là, je me marre quand il vient la coller sur le réservoir en disant que sur le métal, ça colle tout de suite. Un réservoir de Speed Triple est en plastique
Je n'ose imaginer la crise cardiaque de ce charmant monsieur si je venais titiller le sonomètre avec Triscotte ...
Session 2
Nous voici donc en prégrille, elle sur la TRX, moi sur Cracotte, derniers conseils et la meute est lâchée. J'ai gardé le rétro, je peux donc la surveiller du coin de l'oeil durant un tour. Tout semble ok, je pars m'amuser un peu. Enfin pour être précis, au premier virage, je prends surtout un grand coup de chaud. J'ai l'impression d'avoir une enclume posée sur le guidon quand il s'agit de passer le virage. La moto est plus lourde que la TRX, le centre de gravité plus haut, le guidon plus large, bref, je suis aux commandes d'une vache unijambiste qui tente de danser la polka. Au virage suivant j'entame le virage plus tôt et profite de la puissance de la machine pour refaire mon retard. Voilà pourquoi je maintiens qu'une machine agile et peu puissante est une bonne école, elle oblige à prendre de bonnes habitudes. La ligne droite qui me semblait si longue tout à l'heure se profile, j'ouvre en grand, la boîte à air siffle, le pot fait entendre son hurlement rauque, e tla ligne droite paraît avoir raccourci. Rapide regard au compteur, 245, on va peut-être freiner plus tôt que tout à l'heure ... Ca passe, avec toute la lourdeur relative de la machine. Je fais encore cinq tours et je me décide à sortir. Je commence à me prendre au jeu, le pneu arrière a glissé deux fois, j'aimerais autant que possible rentrer avec une moto entière.
Je voulais tester Cracotte sur piste, c'est fait, et elle n'est pas faite pour. Elle a bien plus sa place sur les routes de montagne, où on enroule plus les trajectoires, sans brusquer la machine. Ou alors il faudrait faire jouer une carrure que je n'ai pas.
Je suis à présent spectateur et j'en profite pour regarder évoluer la miss. Elle est hésitante, a encore du mal à entrer fort dans les courbes, on sent qu'elle se retient car ce n'est pas sa moto, mais elle passe déjà mieux en virage. A la fin de la session, elle confirmera que la machine lui convient. Voilà, c'est fait, deux TRX de piste
Ayant un peu de route pour rentrer et la fatigue arrivant, nous prenons congé de Lleidos. Encore émerveillé par mon charisme et la grâce naturelle de mon pilotage (laissez-moi y croire !) partait rouler sans sa dorsale. Il en a profité pour jouer sa star, à se faire habiller, assis sur sa moto, par trois personnes. La prochaine fois il serait bien capable d'exiger une demoiselle à ombrelle, je le vois venir le bougre !
Bilan
Une excellente journée, on a découvert un circuit bien agréable, la miss s'est fait plaisir à rouler sur ce qui va bientôt être sa moto, j'ai pu faire quelques dépassements, on a rencontré un type bien et on a même été avertis d'un contrôle aux jumelles par un aimable automobiliste sur le retour.
Merci à Lleidos pour sa gentillesse et la confiance qu'il nous a témoignée en nous laissant deux fois sa moto et merci à Triumph pour le freinage de Cracotte, il y a quand même eu un bout de ligne droite un peu optimiste ...
Bimota, bis, en meute
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Retour du Mans : 3 brèves
Quels embouteillages ?
Mise en bouche
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