Et en lisant ce titre vous pensiez à quoi encore ?
Jour 1
Je n'avais pas donné de nouvelles de Triscotte depuis la
séance de cross. Le carter a été soudé rapidement et de fort belle manière par un artisan. Restait à trouver un jour de repos se calant sur une journée d'ouverture de la piste.
Et ça se goupille pour deux matinées hier et ce lundi. Je décide de faire un dimanche de remise en route sans prendre de risques et de chercher à m'améliorer le lundi car il y a toujours du monde le dimanche, et je connais mes performances quand il y a du monde dans le virage
Fichtre, je ne m'attendais pas à voir autant de monde dès le matin. Voilà un aperçu de la
première moitié des paddocks, les boxes des stands étant pleins eux aussi.
Il y a déjà près de 80 motos, donc deux groupes de niveau sont créés. Je prends l'autocollant des lents, pas fou !
Tof part dans le groupe des rapides qui est déjà en prégrille, ce qui me laisse le temps de me faire à l'idée que je vais rouler dans une série de près de 35 machines.
Notre tour arrive, en prégrille ils sont tous à faire rupter leur machine, purée, mais c'est quoi ces malades ?. Le commissaire nous libère quatre par quatre. Je fais un premier tour prudent, mes deux pneus sont neufs, encore brillants, il ne faudrait pas se mettre au tas d'entrée de jeu.
Bon point, la piste est sèche. Bonus, il est tout juste dix heures du matin et il fait déjà plus de 20°C, ça chauffe vite, très vite. Je boucle le deuxième tour quand je comprends que les pneus sont rôdés. La ligne droite s'ouvre devant moi, je tourne la poignée et les 75 chevaux de la bête ne parviennent pas à empêcher les GSX-R et autres ZX-6R de passer dans un hurlement. Le pif-paf arrive, cette fois-ci je m'en cogne, je passe, quoi qu'il advienne. Nickel la moto ne bronche pas, la confiance est là, j'arrive même à revenir sur certaines sportives dans les parties sinueuses avant de me faire déposer à chaque ligne droite, mais qu'importe.
Gaby, Tof et les autres furieux du groupe des rapides enchaînent les tours aux alentours des 1'30", il y a de belles passes d'armes à chaque virage, c'est un régal à regarder.
Mais pas le temps de s'extasier, c'est de nouveau à nous. La seconde session se déroulera sans souci particulier, je me fais toujours doubler par quelques dingues qui ont dû se tromper de groupe, je persiste dans mes erreurs de pilotage sur quelques virages, notamment à l'entrée du pif-paf où je m'obstine à tomber un rapport alors que ça ne sert à rien, mais bon, ça ne se débloque pas.
Fin de session, Oliv' vient me voir, me donne mon temps. Je tourne en 1'54" Ce n'est pas folichon, mais la dernière fois j'étais en 1'56" avant de m'étaler comme une bouse, donc il y a déjà du progrès. Tof et Oliv' m'indiquent où éviter de perdre du temps, comment me placer à l'entrée de tel ou tel virage pour pouvoir passer sans toucher aux freins. Même si j'ai parfois l'impression que leurs conseils m'envoient au carton, je me force à les appliquer; après tout, si eux passent, pourquoi pas moi ? Allez on repart.
Après le pif-paf, se forcer à tomber un rapport juste au niveau de la sortie des stands, soit 20 mètres plus tard que ce que je faisais, relâcher doucement le levier gauche pour ne pas affoler une moto déjà sur l'angle et ... ça passe tout seul, comme une fleur. Au tour suivant, en faisant la même chose je recollerai une moto qui venait de me distancer de 30 mètres dans la ligne droite. Au virage d'après, je le double quand il chope les freins alors que je passe sans couper.
Voilà, il est là le secret et le déclic arrive enfin. Je ne ferai jamais la différence en ligne droite, ni à la remise des gaz. Je n'ai pas le choix, je dois passer plus vite en courbe. Ce qui impose de ne pas freiner et de gérer le filet de gaz. Je continue ma session en tentant d'appliquer ça et me surprend à prendre plus vite que d'habitude dans certaines parties en ayant moins d'appréhension qu'auparavant.
Un seul fait notable en toute fin d'une session assez chargée au niveau du trafic : juste avant la double épingle (appelée "tire-bouchon" par les locaux et "laguna seca" pour frimer par les autres) un GSX-R me double par la gauche dans un panache de fumée, les deux roues bloquées, pour éviter de me faire embarquer je m'écarte un peu à droite, pour me faire chatouiller le bras par un autre mec GSX-R qui a eu le même réflexe. Je rétablis, le virage passe comme on peut, mais lui va s'appuyer contre les pneus. A l'issue du tour je vais le voir pour m'excuser, il me dit que ce n'est pas grave, mais qu'il va couper ce passage sur la vidéo. Vidéo ? Tiens donc un caméscope sur le réservoir. Il me donne l'adresse de stockage et donc si vous voulez un aperçu des sessions de dimanche matin, c'est disponible
ici. Je vous conseille d'avoir les derniers codecs et de faire
"enregistrer la cible sous" car la vidéo pèse tout de même près de 39 MB. Merci à lui, ça vous donnera une idée du tracé et du dénivelé.
Je finis la session sur une bonne nouvelle. 1'52" de manière régulière, c'est bon pour le lendemain ça, j'ai une bonne base pour travailler mes virages un par un.
Jour 2
Ça change, ce matin la piste est
déserte et seules deux motos sont en préparation dans les paddocks. Pas des moindres puisque je vais pouvoir tourner avec
un GSX-R 1000 et
la dernière R6. Bref, je ne vais pas pouvoir me caler sur un tour derrière quelqu'un, tant pis. Je signe la feuille de présence et m'élance. L'habitude est prise, je fais un tour pour me mettre en confiance et pour voir si tout est ok sur la piste. Second tour, on hausse le rythme, Triscotte est joueuse, on va mettre en pratique les conseils d'hier. Ca va être plus agréable avec une piste vide, ça permet de rouler plus détendu.
Donc hier le gros reproche était ce rapport que je tombais avant le pif-paf. On se motive, on va passer sans couper. Et là j'apprends la relativité.
Si en début de ligne droite je peste contre le manque de puissance du moteur et ai l'impression de me traîner lamentablement tout du long, une fois que je vois le panneau annonçant les 50 mètres, je trouve que j'arrive bien assez vite ! Trop ? Oui pour le petit ange sur mon épaule droite, non pour le démon à gauche. 100, 80, .... allez, on passe sans couper, on sort le corps pour lancer la moto à droite, le vibreur est passé, l'avant déleste et j'en profite pour changer d'angle avant la compression. Ils avaient raison, ça passe sans souci, il faut juste être bien concentré. Pendant trois tours je vais sacrifer les autres virages pour m'attarder sur celui-ci. Au troisième passage je passe sans me soucier de ma vitesse, de toute façon je n'ai pas le tachymètre, et tant mieux. La moto est saine, elle ne bronche pas, c'est un régal. Le pif-paf, c'est vu, je fais un premier arrêt, principalement pour boire.

Surprise, Titou, un collègue de boulot, est là et me demande si je veux qu'il prenne mes chronos. Bonne idée, ça me donnera une bonne idée du temps gagné (et à gagner) sur chaque virage et surtout d'avoir un avis extérieur.
Je repars pour cinq tours, les pneus n'ont pas eu le temps de refroidir, ils sont collés au bitume. Il n'y a que deux virages dans lesquels je freine; dans tous les autres, je me force à couper les gaz un peu plus tard, à passer 500 tours plus haut sans jamais me sentir en danger.
Enfin pour être honnête il y a UN endroit du circuit où - même si je ne me sens pas en danger - je ne fais pas le fier. Titou m'a dit que j'étais trop à l'intérieur durant la descente, je me force à rester à gauche jusqu'au moment où il faut plonger (toujours en descente) vers le point de corde. La moto est presque à fond, j'ai le bras gauche sur le réservoir, le bras droit plié, le genou droit au-dessus de l'herbe et ça défile à toute vitesse. La bestiole sur mon épaule droite me murmure que si le pneu glisse, ça va piquer; de l'épaule gauche me vient la confirmation que les pneus sont chauds et que les limites de la machine sont encore loin.
Instant grisant, pendant une demi-seconde le temps s'arrête. Puis le raccord qui me sert de repère me saute au visage, il est temps de serrer le levier droit, de tomber assez de rapports pour négocier cette épingle qui me donne encore beaucoup de mal. J'arrive à la négocier relativement bien, j'enregistre les repères que je viens d'utiliser, ils me conviennent bien
Je boucle plusieurs tours et m'arrête deux minutes pour calmer le jeu. Titou m'annonce un temps de 1'51", me dit que le pif-paf est passé proprement et me dit dans quels virages je perds visiblement du temps.
Je décide de faire un tour à ma façon, puis un tour en changeant un seul virage, en tenant compte ce qu'il vient de me dire. Et je garderai la méthode qui me permet d'évoluer en étant le plus à l'aise.
La parabolique qui monte sur la gauche, j'y entrais trop tôt, du coup je coupais les gaz en entrant, je les remettais au milieu .. bref, pas top. Je reste à droite aussi longtemps que possible, je sors de la moto et l'emmène doucement vers son point de corde, en gardant un filet de gaz. Tout est bien plus doux et ça passe indéniablement plus vite, plus propre, bref, celle-ci on la garde.
Certes Triscotte n'est pas puissante, au regard des deux missiles qui me dépassent de temps en temps dans la ligne droite, c'est vraiment une petite machine. Mais elle a pour elle d'être légère, saine et de me remonter un max d'infos. J'arrive maintenant dans chaque virage à savoir comment les suspensions travaillent, si le pneu est au bord, bref, j'arrive à me voir de l'extérieur. C'est assez difficile à expliquer, mais les sensations sont là, c'est indéniable. Je sais que la première grosse chute arrive toujours par excès de confiance, mais là je me sens bien, je roule en étant relâché, je respire bien, on fonce.
A chaque virage je me rends compte que je passe bien mieux que le matin même, que j'ai déplacé tous mes repères, mais la moto n'est plus brusquée, tout paraît fluide. Allez savoir pourquoi mais je souris sous le casque.
Huit, neuf, dix tours d'affilée, je commence à me sentir trop bien, c'est le signal, l'excès de confiance, je prends la voie des stands, coupe le contact et demande à Titou ce que ça a donné. Même si j'ai eu l'impression de bien rouler, le chrono est impartial, lui.
Plusieurs tours en 1'48" et un tour en 1'46"8 ... Moi qui voulait juste me sentir plus à l'aise sur chaque virage, ça dépasse mes espérances, j'ai un sourire jusqu'aux oreilles.
Bilan
Rendez-vous est pris pour le 17 avril, j'ai encore quelques secondes à grapiller, c'est certain, et je sais où les gagner. La moto est parfaite pour cet usage, l'usure du
pneu est régulière, donc les suspensions sont bien réglées, le pneu est bon.
Il y reste de la marge, je dois apprendre à déhancher encore plus pour pouvoir passer plus vite dans les virages. Elles sont là ces secondes, qu'elles se planquent car j'ai la ferme intention d'aller les déloger. La machine est petite, mais elle a son caractère et ne compte pas en rester là.
Purée, dire que j'ai failli vendre cette moto ...
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