31 mai 2004, retour de week-end avec Triscotte, petite pointe de vitesse à quelques bornes de la maison. L'instant que choisit un segment racleur pour se suicider, à 47.998 kilomètres (il aura eu la bonté de m'épargner la révision des 48.000). La moto perd toute son huile en une fraction de seconde, le moteur serre, la roue se bloque. Longue seconde d'éternité, car à cette vitesse, une seconde semble paradoxalement durer bien longtemps.
Fin du voyage en dépanneuse. Le diagnostic tombera quelques jours plus tard, le moteur est salement amoché, le réparer coûtera cher et sera de toute manière peu fiable, car trop de pièces ont pu être détériorées lors de la casse.
Sourires et pleurs devant le banquier, achat d'une nouvelle machine, la rage de voir Triscotte prendre la poussière chaque semaine, l'attente commence.
Cracotte fête sa première année dans mon garage, Triscotte attend, sagement; j'ai honte de laisser ainsi cette moto qui m'a fait découvrir le bonheur d'un début de commencement d'amorce de pilotage.
Et un beau matin, l'inespéré arrive, disponibilité d'un moteur complet, avec tout juste 17.000 bornes. Le temps manque, mais la machine reprend doucement vie. Au fur et à mesure je me rends compte que certaines pièces ont besoin d'être changées. Tant qu'à repartir, autant le faire sur de bonnes bases.
Alors bien sûr, elle manque encore de carénages, le réservoir n'est pas posé, mais ce soir, 31 janvier 2006, après vingt mois de silence, elle renaît. Les Termi ont poussé leur rugissement caractéristique.
Le volume paraît insoutenable, j'avais oublié à quel point cette moto fait savoir qu'elle vit, le son sourd de sa respiration. Je suis là, à tenir les poignées, et mes tripes vibrent plus encore que mes mains. Je repense à la prune que j'ai pris un jour lorsque un sonomètre assermenté a cafté des 112 dB à tout juste 4.000 tours et je ne peux m'empêcher de sourire.
Cette machine va bientôt avoir dix ans, son cœur tout neuf n'a que 17.000 kilomètres, autant dire que c'est une petite jeunette qui va poser ses roues sur piste la semaine prochaine. Sur piste, car elle me l'a avoué ce soir, c'est là son souhait à présent. Aller taquiner les vibreurs, planter les freins avant l'épingle, sauter d'un angle à l'autre, toute à la fougue de sa nouvelle jeunesse. Et peut-être de temps en temps, aller rôder en montagne pour faire entendre son cri du haut des sommets.En restant sous les 2.000 tours, ça donne ça : fichier .ogg ou .mp3. Merci à DukeMaster pour la prise.
C'est étrange cette sensation, j'ai l'impression que Cracotte est là depuis toujours, mais je sais que quand je vais reprendre ce twin, tout me semblera naturel, comme si j'en étais descendu hier seulement. C'est tout bête, mais ce soir je suis heureux.