Tout se passe bien à l'aller, j'ouvre la route à une moto qui quitte la région pour devenir pistarde en région parisienne. L'itinéraire classique, on doit passer par Aire-sur-l'Adour, Nogaro, Condom, Laplume et faire demi-tour à Agen pour laisser la GSX-R continuer son périple.
Il fait relativement frais, le biscuit a la gentillesse d'attendre que mes pneus chauffent doucement. Et ce n'est pas simple, il paraît que l'air n'est pas à plus de 2°C.
Comme elle part pour plusieurs centaines de kilomètres, ma collègue a besoin de remplir son réservoir tout de suite. Je profite de l'arrêt pour me planter au soleil, le laisser chauffer le cuir de celui qui tient mon guidon en faisant quasiment plus de buée que moi.
Nous ne ferons qu'une pause à l'aller. On en profite pour faire les belles devant l'objectif avant que nos pilotes n'échangent les guidons pour quelques bornes. Je ne fais pas de souci, il ne me quittera jamais pour un 600 quatre pattes 

Bon, voilà Agen, ils se disent « Au revoir », on se dit « Vraoum », et je fais alors savoir que j'ai soif. Comme à son habitude il en profite pour se goinfrer. Et qui doit tracter le surpoids ? J'vous jure, je n'ai pas une condition facile.
Contact, première, je sors de la ville et m'attends à un retour rapide mais calme. Et là, c'est le drame ...
Sans doute excité par le soleil qui chauffe enfin le cuir et le bitume, il me demande de pousser le régime dans les 1500 derniers tours malgré le virage qui arrive et me jette comme jamais il n'a osé. Tenant à ma carcasse, je me débrouille pour ne pas partir à la faute, me disant qu'il va être calmé pour le droite qui se profile. Erreur, il en profite pour passer un rapport, ça ne passera jamais, la route est bosselée. Il me fait quoi là le bonhomme ? Je n'ai plus rien sur mon repose-pied droit et je penche de plus en plus. Ne me dites pas qu'il sort le pied pour contenir le pneu arrière qui se dérobe :-o Il faudrait être agité du bocal. Bon ben ... sorteeez-moi de làààààà !
Il va ralentir, le virage suivant est plus serré. Ouf, il tombe un rapport ... mais remet un coup de gaz pour rester dans les tours, pose le bras droit sur mon réservoir, n'est plus vraiment sur la selle et me permet de passer comme si de rien n'était. Purée il était à quoi son Kinder ? Aurait-il enfin compris que même si je n'en ai pas l'air j'ai tout de même une ou deux prétentions sportives ?
Il veut jouer ? Le village de Laplume est dépassé, le kilomètre est avalé en 20 secondes maximum et puisque pour une fois il ne vient pas trop souvent toucher mon levier de frein, les virages s'enchaînent et je me déchaîne. Tout au plus vient-il me titiller le sélecteur, provoquant parfois une légère dérive de mon pneu arrière dont je me débrouille pour que ça nous place dans l'axe. Se doute-t-il à cet instant que je fais en sorte que son enthousiasme ne dépasse pas ses limites ?
Comme les deux fois où il décidera de ne pas ralentir pour passer la voie ferrée, faisant de moi un cochon volant. La prochaine fois je lui colle une amorce de guidonnage pour le calmer. Avec de la chance il m'offrira un amortisseur de direction pour Noël. Mais pour le moment il faut que je rallie Pau.
Il me laisse les villages pour reprendre mon souffle mais je le soupçonne d'en profiter pour calmer le sien. Condom, Nogaro, la liste défile à l'envers, les voitures sont tellement rares que j'ai parfois l'impression d'être sur un circuit fermé, si ce n'est que parfois la route entière faisait office de vibreur.
Il est 15h58, il entame la dernière manœuvre pour me garer, le bougre est juste à l'heure pour le goûter, je suis sûre qu'il l'a fait exprès. Je l'ai rapatrié en une heure et dix minutes pour cent soixante-dix kilomètres de départementales, il est fou.
Il attend que ma température descende, coupe le contact et me tapotte le réservoir avant de descendre, il est content.
Il est content d'être fou, sortez moi de là. En fait non, je crois que j'aime ça ...