Et dire que je pensais passer un week-end peinard, sans histoire, dans ce coin complètement paum... heu charmant ... qu'est la Corrèze. Un truc sans rien à raconter au retour quoi. Quelle erreur !
La route pour y aller a été repérée cet été; peu fréquentée, elle est faite de courbes rapides sur un revêtement qui tient du billard par endroits, puis du champ de mines. L'avantage est que ça évite de s'ennuyer, on ne sait jamais à quoi s'attendre d'un virage sur l'autre. Sauf sur la portion entre Nogaro et Agen (via Condom et Laplume), qui est une vraie spéciale de rallye.
Il fait nuit. Je suis le seul péquin sur cette piste, pardon, sur cette route. Les virages surgissent les uns après les autres de l'obscurité déchirée par le tunnel lumineux des phares. Le moteur s'en donne à cœur joie et forcément le pot fait de même.
Ca fait un petit moment que je n'avais pas roulé comme ça, avec le compte-tours pour seul compagnon de route, le monde se réduisant aux 100 mètres de bitume visibles.
Ha, un radar dont je sais qu'il prend de face, tant pis on garde l'allure et on prévoit un flash qui ... ne viendra jamais. Ils font une action locale en remontant les limites à 190 ou le radar a un souci ? On verra ça au retour.
Quelques minutes plus tard, Agen est dépassée, direction les petites routes du Lot et de la Dordogne, sur lesquelles je croise 9 voitures en tout et pour tout. Fichtre, la région est animée.
Passons rapidement sur les douze minutes perdues dans Brive pour trouver cette satanée rue dans laquelle habite Clem, sur ma performance minable pour résoudre les jeux Nesquick le matin au p'tit déj' et passons à la découverte des routes locales, de jour.
« Bon Clem on va où ? Toi qui est du coin, y de jolies routes ? Pardon, tu es là depuis seulement deux semaines ? M'en fous c'est pas une excuse » 
Bilan c'est Bibi(scuit) qui regarde la carte pour aller chercher un centre équestre dont elle n'est pas certaine qu'il existe encore.
Et là, ce qui devait n'être qu'une sortie banale et sans anecdotes commence.
Pour commencer la Bat-SV (oui, elle a dessiné une chauve-souris dessus) a claqué son ampoule de feu de croisement la veille.
« C'est quoi ton ampoule, H1 H4 ou H7 ? »
"..."
« Okay, j'parle chinois, fais voir le biniou que je ... sgreugneugneu c'est pratique pour y accéder ... hop, H1 »
Bon, on profitera de l'arrêt à la station pour acheter une ampoule. Ca tombe bien car j'ai le pneu avant un peu souple.
Première station, automatique, avec un compresseur, super ! Ha non, pas super, l'embout semble déconner et me dégonfle encore un peu plus le pneu. Solidaire, Clem teste sur sa moto et hop, magie, 300 grammes en moins
Quatre kilomètres plus tard on trouve une station correcte et tout rentre dans l'ordre. Quatre bornes oui. Non pas que Brive soit une grande ville, disons que j'étais moins perdu qu'elle.
Bon, assez perdu de temps, on vire les doublures (c'est quoi cette météo estivale ?) et on décolle en direction de Sarlat.
Le chemin se fera sans souci particulier, la SV ne quittant le rétro que sur les sections de route défoncées ou dans les pointes.

Arrivés à Sarlat, Cracotte demande à boire. Et là vous vous demandez ce qu'un plein peut avoir d'intéressant. En lui-même, rien. Sauf que le pistolet est à deux mètres du sol, forcément j'ai un peu de mal.
Une fois le plein fait, voilà que le pompiste se ramène et me demande si c'est du SP95. Je réponds que oui et là, geste fou, il décroche le pistolet pour me servir. Ca fait cinq minutes que je suis planté devant la pompe, seul véhicule et il n'a pas vu que j'ai fait le plein.
Forcément le compteur se remet à zéro et je me marre en lui disant que je viens de remplir le réservoir.
" Et vous avez mis combien de litres ? "
« Ben je ne sais plus »
" On fait comment ?
« Va falloir me faire confiance :green: »
Bon, je suis honnête (si si) je paye mes quinze litres et on part en quête d'une table.
Il fait chaud, tout le monde est en tee-shirt sur la terrasse. Il fait chaud, on se sert un verre de flotte et ... grimace, goût inclassable, citronné, épais. Je vous déconseille de boire de l'eau venant d'une carafe lavée mais mal rincée
Ce qu'il y a de bien à Sarlat, c'est que vous pouvez profiter à l'occasion d'un dîner-spectacle. Ce jour là on a eu droit à une course-poursuite entre un 103SP préparé qui déboulait à plus de 80 à l'heure et la fourgonnette de gendarmes qui avait 10 secondes de retard. Malheureusement le tracé du circuit a dû être modifié car nous n'avons vu personne repasser. C'est dommage, on allait lancer les paris.
Une fois calés, on repart en direction de Marciniac, village perdu comme vous l'imaginez à peine, mais bon au moins les routes sont agréables. La visibilité est bonne dans les virages, ce qui permet de se faire plaisir sans se faire (trop) peur.
Par contre la SV a une fâcheuse tendance à disparaître dans le rétro. Qu'à cela ne tienne, elle double sur les bandes blanches, une vraie folle !
Bon, on a atteint le village perdu, il faut à présent trouver le centre équestre.
Me fiant à mon bon sens, je vais demander à deux vieux qui glandouillent sur le banc municipal. Grave erreur, l'un deux n'est pas un vieux ordinaire, c'est Pervers Pépére !
« Bonjour, vous pourriez me dire où est le centre équestre siouplé ? » et là son regard s'est détourné, il s'est mis à baver ...
" hey elle est mignonne habillée en cuir la demoiselle sur sa moto :p "
« hem oui, bon, vous savez où se situe le centre équestre ? »
A partir de ce moment là, il se contrefout de ma question et demande à Clem si elle fait du cheval en plus de la moto. Naïve elle répond oui.
" He he, coquine va ! " (je ne pourrai vous décrire le regard tant il était lubrique.)
Bilan j'ai dû demander à son collègue qui nous annonce que le centre a fermé mais qu'on peut toujours aller voir. Nous prenons vivement congé du vieux qui continue à baver en baragouinant je ne sais quoi.
C'est dommage que ce centre soit fermé, le
cadre est assez
agréable . Fait étrange, il y a encore trois chevaux, Clem se prend d'ailleurs à
rêver de quelque chose de plus véloce que les 77 poneys asthmatiques de son étron.
Enfin bon, le jour où j'suis gavé de sous, j'ai trouvé mon
pied-à-terre.
Sur le retour, pris d'un coup de folie, je décide de tester le SV. Depuis le temps que je critique cette machine, il faut bien que je sache pourquoi

Bon, recommandations pour Clem à propos de Cracotte (frein arrière symbolique, freins avants plutôt méchants) et hop, j'enfourche la moto grise. Pas
celle-ci, l'autre.
Hu hu, j'ai les deux pieds à plat, une brêle de nain. Bilan rapide, le moteur est marrant, mais la partie-cycle est une vraie plaie. Ca se tord, ça pompe et surtout ça ne freine pas du tout. Heureusement que le frein moteur est là pour sauver la mise, mais avec le freinage d'origine je n'imagine pas un freinage d'urgence, sauf en sortant les pieds.
D'ailleurs c'est peut-être pour ça qu'elle est basse ...
Enfin le compliment qui tue quand j'ai récupéré ma brêle c'est d'entendre que je fais moins disproportionné sur la SV que sur la mienne. L'autre compliment, lors du plein de la SV, viendra de la pompiste disant à Clem « ha ben j'étais persuadée que la rose c'était la vôtre » :hammer: Pourtant c'est pas une couleur de rebelle le rose. Parce que Clem c'est une rebelle, matez donc le
foulard qu'elle trimballe, bientôt la Harley qui va avec !
RAS pour le reste de la sortie, le bitume chaud ne réservant aucune surprise. Par contre, si tu as un R1 repeint tout en blanc et que tu nous as salués à Sarlat, ton enthousiasme fait plaisir à voir, j'ai cru que tu allais tomber de moto tant tu as tendu le bras !
Le bitume chaud du dimanche aurait été le bienvenu pour mon retour ce matin. 377 kilomètres de route, 300 kilomètres sous des trombes d'eau avec un record de 25 bornes à environ 30 à l'heure pour cause de visibilité réduite à tout juste vingt mètres avec impossibilité de s'arrêter sur le côté. Les routes de campagne c'est génial ... quand il fait beau. La combarde est encore en train de sécher. En repassant devant le radar, j'ai compris pourquoi il n'avait pas flashé. Le comité des fêtes local a constellé les vitres à coups de fusil.
Malgré cette météo redevenue de saison, un week-end sympathique sur des routes que je connaissais peu et qui méritent le détour (1010 bornes tout de même).
La Corrèze c'est paumé, c'est mort, ça doit être infernal l'hiver mais y a de quoi se foutre la banane en roulant.