Mardi, 27 janvier 2009
Hyundai : Exit Tucson
Ceux d'entre vous qui s'intéressent aux petits fabricants de motos n'ont sans doute pas manqué de suivre avec intérêt l'aventure de la Superleggera. Ce prototype, bâti autour du V-Twin 550 cm3 de la Aprilia SXV, est l'œuvre de Jean-François Robert, connu pour avoir conçu la Veloce, autre proto (avec un moteur de la Suzuki SV 650) inscrit à l'époque en catégorie Top Twin. L'histoire de la Superleggera a fait le tour du web moto et des magazines consacrées à cette passion, vantant les mérites d'une petite équipe française. Rappelons que cette moto affiche 97 kg sur la balance, ce qui est une performance non négligeable pour un moteur 4T.
Pour ceux qui ont manqué les différentes étapes de la mise au point de la Superleggera, la séance de rattrapage a lieu sur le site du constructeur. Mais derrière cette belle réussite, il y a aujourd'hui un gros problème, bien moins relayé dans les media.
Tucson, une marque de moto revendiquée par... Hyundai
Le 18 novembre 1994, Jean-François Robert dépose la marque Tucson. Durant de nombreuses années, il développe ses motos, les fait courir en compétition, et confie même l'exploitation des motos Tucson à Exess Compétition, pour que ces derniers les construisent et, de ce fait, participent à l'exploitation de la marque.
Le 4 septembre 2003, le nom Tucson est également déposé par la société coréenne Hyundai, pour désigner ce qui était alors son dernier SUV (les 4x4 urbains). Bien plus tard, le 19 janvier 2005, Hyundai assigne Jean-François Robert au tribunal pour faire déchoir sa marque Tucson, au motif que cette marque n'est pas exploitée. Après 2 ans et demi de procédures, le 18 octobre 2007, Hyundai obtient gain de cause, le tribunal prononce la déchéance de la marque Tucson au profit de la firme automobile. Étrangement, jamais le constructeur coréen ne sera inquiété, alors que dès le dépôt du nom Tucson pour un modèle de véhicule, il y avait contrefaçon.
Ce 6 janvier 2009, le tribunal de Rennes rendait son verdict lors du procès en appel. Au vu des arguments de Jean-François Robert, propriétaire de la marque Tucson, on pouvait difficilement douter de sa victoire. Les motos Tucson ont couru jusqu'en 1999, des publications sur ces motos ont eu lieu dans la presse (4 publications en 2005, date à laquelle la mise en déchéance aurait pu être demandée).
Et pourtant, le 1er jugement a été confirmé, sur tous les points, sauf un. La marque Tucson n'appartient donc plus à Jean-François Robert. La justice a prononcé la déchéance de la marque au 1er janvier 2004 (contre le 18 novembre 1999 lors du premier jugement) et reconnaît que seul Hyundai est habilité à exploiter ce nom commercial.
Un jugement en demi-teinte
À l'issue de ce procès en appel, Hyundai apparaît donc comme le grand gagnant. Et c'est le cas puisque Jean-François Robert perd le droit d'utiliser le nom Tucson, qu'il a créé et déposé il y a 15 ans. Toutefois, on sera étonné de constater que le jugement rendu ne voit pas de contradiction à déchoir la marque au 1er janvier 2004 sans y voir une contrefaçon de la part de Hyundai puisque le constructeur automobile a déposé (et massivement utilisé) le nom en septembre 2003.
Jean-François Robert doit en outre verser 2 000 € à la société Hyundai, ce qui, ajouté à ses propres frais d'avocat, fait grimper la note à près de 10 000 €. Autant dire que pour lui, cette somme représente un sacré coup de frein au développement de ses machines. Sans parler de la marque qui cesse tout simplement d'exister.
En pensant au nom Tucson, qui, dans quelques années, ne sera certainement plus utilisé par Hyundai, on ne peut s'empêcher de penser à un seul mot. Tout ceci n'aurait-il pas un air de gâchis ?
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