Lundi, 8 septembre 2008
Les premières fois font toujours ça ?
« P'tit Lu, tu seras rentré de congés fin août ? Tu as un passeport récent ? »
Oui,je serai revenu dans le bain et mon passeport a tout juste six mois. Pourquoi ? .... Ha ok...
Et voilà. En une réponse, après un coup de fil de l'importateur français, j'apprends que c'est à moi que revient l'essai du dernier monstre japonais. Non pas Godzilla, quoi que.
Son empattement (distance entre les roues) dépasse ma taille, ne parlons pas du rapport "poids de la moto"/"taille de mes biceps" et à pleine puissance elle développe 200 chevaux quand, en rebranchant mes 3 neurones, j'arrive au mieux à être un âne. Ça me semble équitable ![]()
Le 29 août, après une nuit passée à courir après Morphée, me voilà devant un écran d'aéroport indiquant Dallas Fort Worth. C'est la première fois que je pars aussi loin pour le travail, la première fois que je vais embrasser neuf heures de décalage horaire et la première fois que je vais faire plus de 25 heures d'avion pour tout juste deux jours sur place.
Comme je m'y attendais, l'enregistrement exige de montrer patte blanche. Manque de chance, je rentre de vacances et elles ne sont pas vraiment blanches. Qu'importe, je réponds "oui" à la série de questions de parano qu'on me pose. Oui, j'ai fait mon bagage tout seul. Oui, j'ai toujours gardé mon bagage près de moi. Oui, j'ai refusé quand les employés enturbannés de "Terrorist & Co." se sont proposés de m'aider à mieux ranger mes affaires. J'aime la naïveté de ceux qui pensent vraiment que quelqu'un répondra sciemment « J'ai rempli mon bagage de C4 et mon sac à dos de couteaux en fibre de carbone, mais je le tente au bluff ! »
Le premier vol se déroule bien moins vite que les quelques lignes de ce paragraphe ne peuvent le laisser croire. Une fois la pointe Sud-Ouest de l'Angleterre et l'extrême Sud de l'Irlande dépassées, il n'y a rien à regarder par les hublots, si ce n'est 11 000 mètres de vide avant un océan qui, de là haut, semble bien paisible. L'enchaînement des repas me fera sourire. D'une assiette de poulet accompagné de légumes en quittant l'Europe, nous passerons à une pizza en survolant l'état de New-York. Comme une manière de se mettre dans l'ambiance. Le cirque de l'embarquement recommence un peu avant que l'avion se pose au Texas ; non, je ne suis pas un ancien nazi en fuite qui viole de jeunes chiens porteurs de maladies exotiques (en résumant rapidement la feuille verte). Le fait que les croix cochées sur ce feuillet les rassurent me sidère tout autant que le petit sac en plastique dans lequel les employés des aéroports enferment un tube de dentifrice en se disant que ça peut éviter qu'il explose.
C'est à Dallas que je vais vivre ma première première fois de cet essai. Celle qui fait rire quand elle se finit bien. Mais quand elle commence, on ne rigole pas. Tout le monde a récupéré sa valise sur le tapis. Tout le monde sauf moi. Il ne nous reste que 40 minutes avant l'embarquement sur le prochain vol, le préposé aux bagages manquants me gratifie d'un laconique « Bad Luck » et me conseille d'attendre trois ou quatre heures, des fois que mon bagage sorte miraculeusement d'une consigne. Ayant choisi d'avoir une valise aussi discrète que possible pour ne pas attirer les gens potentiellement intéressés par de l'équipement moto, j'en viens à me demander si un distrait n'aurait pas embarqué tout mon matériel en pensant prendre sa valise. À moins qu'elle ait été oubliée dès le départ, à Paris. C'est dépité que je monte dans l'avion qui nous emmène à San Diego, ville où j'arrive pour un essai de moto, sans casque, sans blouson, sans gants, sans bottes et sans aucun vêtement pour me changer. Toi aussi, joue au réfugié kosovar. N'ayant pas dormi dans l'avion, ça fait 18 heures que j'ai quitté Paris, bien plus d'heures que je n'ai pas dormi et j'ai beaucoup de mal à rester calme quand l'employé local me dit que ce n'est pas grave et que je devrai récupérer mes bagages dans quatre ou cinq jours. Dans quatre jours, je suis dans l'avion du retour... Par solidarité, un confrère est au guichet avec moi, la compagnie aérienne lui a égaré un de ses sacs. Mais il triche. S'il n'a pas de fringues de rechange, il a au moins de quoi rouler.
Le repas du soir est l'occasion d'essayer de ne pas penser à ce que je vais faire le lendemain. En attendant, je dois m'en remettre à la promesse d'American Airlines de me tenir au courant de l'avancement des recherches de ma valise. Rectangulaire et noire, ils vont s'amuser.
Il est trois heures du matin, heure locale, quand j'arrive enfin à fermer les yeux. Pour mon horloge interne, il est midi. Il est bien temps de dormir.
La suite ... à suivre.
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