Si même la météo se met à faire mentir le bon sens populaire, certains finiront par penser que je bosse. Et puis quoi encore ?
C'est quand même incroyable. On prépare un comparo moto. La loi de Murphy étant ce qu'elle est, ça commence mal : une des trois motos ne correspond pas à ce qu'on a demandé. Pots modifiés, mauvaise couleur, ça part déjà de travers, on se retrouve avec deux bécanes blanches. Tiens, il ne manquerait plus que Ducati se plante et nous file la Monster 696 en blanc, ça ferait un convoi d'ambulances. Ben tiens, ça ne loupe pas, le photographe - Bertrand - revient avec la Ducati. Et elle est rouge ! Des Italiens qui se montrent incapables de louper un truc. Tout se perd, je vous l'avais dit.
Heureusement, il y a des choses qui ne changent pas, on est bien obligés de se farcir un périph loin d'être vide pour rallier... l'autoroute. Et c'est parti pour environ 150 bornes de ligne droite à avaler le plus vite possible pour avoir un maximum de temps sur place. Le tout avec des motos qui ne protègent rien (cool
). Masochistes ? Non, sadiques : pour l'occasion, une passagère essaye de ne pas se plaindre, perchée sur le tape-cul qui sert de selle passager sur la Street Triple. Remarquez, elle peut toujours râler, elle est partie pour deux jours à tester les trois motos, sur des routes qui seront tout sauf des grands boulevards bien revêtus sur des motos dont on se demande pourquoi le constructeur a pris la peine de les homologuer en biplace ; enfin au moins pour deux d'entre elles, la Honda Hornet semblant plus accueillante.
Plusieurs dizaines de kilomètres et de minutes plus tard, nous voici enfin arrivés à Dieppe. Bon, les imprévus continuent. Figurez-vous qu'on se pointe en Normandie et qu'il ne pleut pas. Pire que ça, il fait même un peu chaud. Non mais j'vous jure, où va-t-on ? Ces deux jours auront été une suite de déconvenues. On a trouvé des routes vallonnées avec des virages, presque pas de gravier et la passagère n'a même pas hurlé à la mort en testant la Ducati. On ne peut décidément plus se fier à personne.

À l'issue de ces deux jours de comparatif, le constat est simple : le résultat diffère grandement selon qu'on juge ces motos avec une plume trempée de raison ou de passion. On va faire court puisque pour le plus grand malheur de mon entourage je n'ai jamais été doté de raison. Malgré son cul affreux avec ses pots remontés comme la jupe retroussée d'une étudiante perverse, j'ai eu un vrai coup de cœur pour la nouvelle Monster. Certes, le coup de crayon a tué l'esprit de l'ancienne, mais elle garde ce petit quelque chose d'aguicheur dans ses formes et ses proportions, comme son réservoir galbé, joufflu et cet air de bête trapue qui lui va si bien. Indécrottable vacciné au twin, j'ai adoré me battre contre elle en entrée de virage. Car cette 696 reste une vraie Ducati. C'est à dire qu'elle pisse l'hui... heu pardon, elle nécessite de bien appréhender le mode d'emploi avant de se livrer pleinement, la position est fatiguante au quotidien, sur longs trajets ou quand on attaque vraiment fort, mais le plaisir est à ce tarif là. Qu'importe, si je devais craquer pour
l'une des trois, ce serait celle-ci, alors que les autres ont de solides arguments pour elles. Mais quitte à laisser son cœur avoir de l'inclination pour une moto, autant que ce soit pour celle qui fait le battre un peu plus fort quand elle prend son inclinaison.
Une Ducati, ersatz de sa devancière, mieux classée qu'une bouillante anglaise encensée depuis sa sortie, le tout dans une
Normandie sous le soleil. Quand je vous disais que tout se perdait...
Les images en grand format sont disponibles dans la galerie. Pour les éventuels commentaires, merci de les faire sur les Forums biscuités.