Non, je ne parle pas du pétage de plombs sanglant ayant eu lieu il y a quelques jours dans la ville de l'Allier, mais d'une histoire commençant plus au sud, à l'école Claude Nougaro d'Albi. Le sud où il fait bon vivre, où la douceur du climat n'a d'égal que la chaleur humaine dont les voisins ne manquent pas. Enfin ça dépend du voisinage.
L'affaire en question a déjà alimenté les colonnes de plusieurs journaux. On la résumera rapidement : un élève de CM1 (donc de 9 ou 10 ans) a illustré le mot méchanceté avec une photo de Nicolas Sarkozy. Soit. Passons rapidement sur le fait que cet acte démontre principalement l'orientation politique de son entourage familial et attardons-nous sur la suite de ce qui aurait simplement dû faire sourire l'opinion. Qui donc a alerté les autorités à ce sujet ? Réponse : des parents d'élèves indignés. Soit. Qui a été prévenu ? La préfecture ? L'inspection académique ? Que nenni, les parents ont directement prévenu l'Elysée. Rien de moins ! Et alors que le crime de lèse-majesté n'a plus cours depuis... environ la fin de la royauté, cette plainte a été entendue. Non seulement on a entendu les plaignants mais on leur a répondu puisque l'institutrice (je sais, on dit "Professeur des écoles", mais j'ai du mal les termes vides de sens destinés à flatter l'ego de ceux qui les ont pondus) a été convoquée.
Je sais, je ne devrais pas écrire ce billet puisqu'elle a été renvoyée chez elle après - on s'en doute - un bon remontage de bretelles. Ce qui m'interpelle dans toute cette histoire, ce n'est pas l'acte de l'enfant, mais plutôt celui des parents qui caftent (car y a-t-il un autre mot ?) directement à l'Elysée. Mais surtout, surtout, le fait que la tête de l'État donne un écho à une telle dénonciation m'inquiète. Ce faisant, c'est la délation, et même la dénonciation pure et simple qui est avalisée. C'est officiel, il est à présent possible de balancer ses voisins parce qu'ils ont dit du mal d'un représentant de l'État. Nostalgiques du Maccarthysme, redressez la tête, recommencez à noter sur vos petits carnets les habitudes de votre entourage, dressez la liste de ceux qui ne votent pas comme vous et ajoutez les noms de tous ceux dont vous estimez qu'ils ont une vie qui ne correspond pas à votre définition de la morale. Envoyez tout ça en haut lieu, il s'y trouve à présent des gens qui ne laisseront pas ces grands crimes impunis.
Je sais, j'ai l'habitude d'en faire beaucoup sur une simple anecdote de la vie quotidienne, un événement sans grande importance. Mais l'événement en question n'est justement pas sans importance, c'est un aveu public d'une ère qu'on pensait révolue, le retour aux bonnes mœurs. Sans parler d'un pouvoir qui affiche aux yeux de tous son non-respect de la liberté d'expression, de pensée, de choix politique. Les caricaturistes devraient commencer à pointer à l'ANPE, par précaution... Allez, c'est bientôt fini. Et comme le diraient les impatients qui ont connu des régimes qui n'auraient pas dit non à un tel "patriotisme" : « Pétain, 3 ans ! »