http://www.delation-gouv.fr, ce site a fait le tour des boîtes mails, des forums et a bien fait rire les internautes. En effet, comment imaginer un instant que dans un pays comme le nôtre on puisse en revenir à la délation, comme aux pires heures d'un régime qui siégeait il y a plus de soixante ans ?
Lisons donc cet article d'un quotidien qui ne pourra être taxé de critique facile, puisqu'il n'est pas vraiment un organe de presse de l'opposition.
L'intention est bien évidemment louable puisqu'il est question de trouver les trafiquants d'armes, de drogues et les pédophiles qui sévissent sur le Net. Mais il y a quelques détails dans ces lignes qui me chiffonnent, voire même entre les lignes.
Le commissaire interrogé rassure d'emblée en précisant que les dénonciateurs « peuvent être anonymes » et la dénonciation est qualifiée par le journaliste de « démarche civique ». Soyez tranquilles, en dénonçant, vous êtes dans le camp des gentils.
Histoire de vraiment vous le prouver, l'exemple des recettes de bombe disponibles sur internet est donné, car il est bien connu que sans internet il n'y aurait jamais eu de terrorisme.
Loin d'être un ultime avatar du Big Brother orwellien, ce portail du crime en ligne entend donc répondre à une démarche avant tout civique.
Alors là, je vais dormir beaucoup plus tranquille, je viens de lire deux fois en trente lignes que ce portail de dénonciation répond à un besoin civique. Ces gens qui, au gré de leur pérégrinations googlesques, se retrouveront (par le plus grand des hasards bien entendu) sur un site expliquant comment fabriquer des bombes afin de détruire le pays pourront sauver le pays ... avant de se demander pourquoi leur collègue de bureau à qui ils ont avoué avoir téléchargé trois albums sur eMule les aura dénoncés par le biais du même site.
Un dernier détail étonnant ? Pour expliquer que personne n'est anonyme sur le réseau (tiens, pourtant on dit plus haut que la dénonciation pourra être anonyme), l'article indique que des policiers ont retrouvé le propriétaire d'un
« portail raciste anti-Blancs ».
On va dire que je relève ce qui n'est qu'un détail, mais dans un journal à si grande diffusion, j'ai du mal à croire que les mots et les exemples soient choisis au hasard.
Qui peut garantir aujourd'hui qu'un tel système, une fois en place, ne pourra pas être utilisé pour débusquer les sites jugés subversifs ? Vous savez, un peu comme
en Chine.
Je vous laisse, il faut que j'aille accomplir mon devoir civique. Non, pas voter, mais signaler que quelqu'un dans ma rue critiquait le gouvernement en parlant avec gens ayant un fort accent étranger.