Pink Floyd remasterisé, l’arnaque sonore

Pink Floyd - Wish you were hereL’info fait la Une des sections musicales de tous les journaux : la discographie intégrale de Pink Floyd ressort, en version remasterisée, et c’est apparemment une grande nouvelle. Si vous souhaitez découvrir ce groupe via les albums d’hier avec le son d’aujourd’hui, elle est disponible à la FNAC. Enfin, si vous avez environ 180 € à jeter par les fenêtres. Car les versions remasterisées n’ont jamais été un gage de qualité sonore, bien au contraire. Et cette édition risque fort de souffrir elle aussi de la Loudness War.

Albums remasterisés : Le syndrome R19

Les pros parlent de Loudness War, traduite le plus souvent par Guerre du Volume ou (plus justement) Guerre du Niveau. Personnellement, j’appelle ça le Syndrome R19. Pourquoi ? Imaginez-vous, audiophile ou simplement amateur de musique en train d’essayer d’expliquer à votre voisin que les 4 000 watts prétendument disponibles dans les 3 caissons de sa Renault 19 diesel à aileron ne lui permettront pas forcément d’avoir un son de qualité et respectueux de ce qu’il souhaite écouter. La réponse sera immanquablement :

ouais, mais y a des basses et le son est impressionnant, ça pète !

Vous ne pourrez pas lutter contre cet argument. Le souci, c’est quand le syndrome R19 cesse d’être circonscrit à votre voisin pour envahir les bacs des disquaires. Car depuis des années, c’est bien à ça que jouent les maisons de disques en proposant des éditions spéciales. Le volume moyen y est augmenté, au détriment des harmoniques et de la plage dynamique (la différence entre le niveau moyen et le niveau de crête). Cela vous semble obscur ? Voici quelques vidéos pour mieux comprendre, par l’exemple.

On voit bien ici qu’une partie de la bande son est perdue. Pas de bol, c’est celle qui apporte sa finesse au morceau. Un autre exemple, avec Dire Straits.

Généralement, si vous n’avez que la version remasterisée, ça peut passer. On trouve le son un peu étrange mais bon … Seulement, quand on compare à l’originale, c’est la catastrophe. Et comme l’explique très bien la vidéo suivante, c’est une tendance lourde de l’industrie musicale (remarquez, pour de l’industrie …) que d’augmenter le niveau moyen, produisant de facto de la bouillie éprouvante pour le pauvre auditeur.

Remasteriser, une trahison ?

Pink Floyd : Dark Side of the MoonPink Floyd débarque donc en version massacrée remasterisée. Un  groupe qui estimait que ses albums devaient se déguster comme des œuvres à part entière et ne voulait donc pas proposer chaque piste à la vente en version numérique, ça doit leur faire bien mal. Mais sur ce point, ne rêvons pas, ce sont les maisons de disques qui parlent. Et ce n’est pas en ajoutant un livre et trois inédits sortis des tiroirs qu’on rattrape une ânerie pareille. Non, franchement, the great Gig in the Sky, je ne l’imagine pas autrement qu’en version originale, loin de la version mâchée qui sera certainement de mise, sans parler de Shine on you, Echoes, the final Cut ou tant d’autres. Et si je veux que « ça pète », je monte moi-même le son, je n’ai pas besoin qu’on le fasse à ma place.

Quitte à vouloir refaire du pognon, puisque c’est bien la motivation de cette édition, pourquoi ne pas avoir ressorti les albums originaux avec des livrets vraiment complets, des photos, … bref un vrai package autour de la musique ? Ou alors, idée folle et stupide, baisser le prix des CD ? Car après 20 à 30 ans, les trouver encore à 20 € le CD, ça sent clairement la pompe à fric. Finalement, le souci des maisons de disques, c’est qu’elles se foutent totalement de ce qu’il y a dessus, et n’ont pas compris que Money était une critique, pas un conseil.

  • Erwan18

    Je viens donc d’économiser 139,99 Euros chez Amazon (180,00 Euros c’est chez les voleurs), la mort dans l’âme 🙁

  • Alix

    Messieurs des maisons de disque, laissez donc la compression à outrance aux pages de pubs TV. C’est tellement plus pratique pour identifier clairement la merde…

  • Studiodelacote

    En tant qu’ingé-son moi même, je connais bien le problème. reste que plus personne n’a de quoi écouter les œuvres originales en appréciant leur qualités sonores, parce qu’on n’a plus les moyens de se payer des chaines HiFi à cause de tous nos abonnements de portables et internet, etc … Ou se trouve vraiment la pompe à fric.
    On peut aussi remasteriser en respectant la dynamique mais en recentrant les fréquences sur les systèmes de reproduc tion actuels.

  • C’est aussi une affaire de choix. J’ai préféré investir dans de très bons écouteurs intra Shure plutôt que dans un iPhone à l’abonnement hors de prix et je ne le regrette nullement.

    On peut aussi remasteriser en respectant la dynamique mais en recentrant les fréquences sur les systèmes de reproduction actuels.

    Tu peux en dire plus ? Ça m’intéresse pas mal ça.

  • Redfox

    Je cherchais des infos sur l’intérêt de la « remasterisation 2011 » de la discographie Pink Floyd alors qu’elle l’a déjà été plusieurs fois et en particulier en 1992 pour le coffret Shine On que je possède 🙂 Je crains en effet un gros coup de loudness sur ces master 🙁 , les précédentes éditions étant déjà de qualité exceptionnelle.

    Mais ce qui est certain, c’est l’arnaque des éditions « immersion », vendus 2 bras et un œil (+ de 100€ à la RNAC), qui réussissent l’exploit de mettre dans la même boite les mêmes mixages sur 3 support différents (CD, DVD, et Blu-ray) là ou juste un blu-ray à 20€ aurait suffit et qui n’apporte quasiment rien de plus que l’édition SACD déjà existante. Pas pressé de me faire plumer !

    Au fait, le précédent coffret des PF, Oh by the way, s’est il bien vendu ? On en trouve toujours plusieurs exemplaires au prix fort chez les revendeurs …

  • Studiodelacote

    Quand on parle de dynamique, on oublie de dire pour quelle domaine de fréquence.
    Parfois, l’application d’une compression multi-bande permet d’équilibrer le mixage sans porter atteinte à l’œuvre.
    Bon, pour le cas de Pink Floyd, je doute fort qu’il faille appliquer des traitements disproportionnés, vu les gars qui étaient aux commandes à l’époque (Alan Parson pour Dark side of the moon)

    Je pratique le remastering et pour ce qui concerne Pink Floyd, cela ne peut se « justifier » que par une mauvaise numérisation sur les premières édition CD, c’est à dire la mauvaise utilisation de la plage dynamique du CD.
    Il y a aussi le fait que les enregistrements d’une époque donnée sont forcément empreint de la technique de reproduction de la même époque.
    Les écouteurs, systèmes de reproduction d’aujourd’hui n’ont pas les mêmes caractéristiques ce qui oblige à avoir des enregistrements plus exigeants, ou en tous les cas des enregistrements qui une fois reproduits ne nous laisse cette sale impression qu’ils ont vieilli.

    Maintenant, pour ce qui est de la Loudness War, je ne suis pas sûr que ce soit les maisons de disque les responsables, mais plutôt les radios qui compressaient comme des sagouins pour être les plus fort sur la bande et donc, les plus écoutés, déformant ainsi les œuvres des artistes qui du coup décidèrent les uns après les autres de « maitriser » leur massacre commandé !!!

  • Dazprod

    Il ne s’agit pas de remettre en cause « a priori » un nouveau mastering. S’il est fait avec art (et j’espère que Gilmour a veillé au grain), augmention du niveau et réduction de la dynamique seront raisonnées. Quant à s’adapter aux systèmes d’écoute actuels ( mp3 de malheur en tête), c’est malheureusement vrai. La qualité est tirée vers le bas, tout comme la qualité de notre lave linge … Tout le monde, non plus, et c’est le plus grand nombre, ne peux s’offrir un système d’ecoute à 15000€. Ceci dit, une vraie question cette fois: y-a-t-il eu un vrai mastering entre les versions vinyls et les versions CD ? Car là, il est indispensable (courbe d’equalisation impensable aujourd’hui sur un 44/16, courbe d’equalisation différente en fonction de la vitesse de lecture du vinyl, etc… les ingénieurs mastering de la grande époque chez emi étaient de véritables experts et magiciens !!) et pourtant, les premières éditions de CD faites à la va-vite ne prenaient pas toujours la peine de refaire un mastering digne de ce nom. Encore une fois, même si je suis fan, je ne sais pas ce qu’il en est des éditions cd des Pink Floyd.

  • Solkacity

    Le « massacre » dépend des compétences de l’ingénieur de son et des exigences des producteurs (majors ou autres) . Une bonne oreille musicale et l’amour de la musique empêcherait toute dégradation de la qualité sonore. EN THÉORIE, car en partique nul n’est libre de faire ce qu’il veut.
    La baisse d’exigence de la part de l’acheteur (un phénomène hélas fortement encouragé par les producteurs) est à l’origine de la réédition souvent de piètre qualité des classiques.
     Mais la discussion est trop vaste, la superficialité de notre société qui prône la surconsommation  étant avérée.

  • Voxmaris

    Il faut reconnaitre que la demande d’enregistrements de qualité a baissé à cause de l’ubiquité du format mp3, très pratique, certes, mais qui respecte rarement la source (peu de gens utilisent des formats lossless ou mp3 320 kb). C’est la faute de notre façon de vivre et de consommer plutôt qu’une malveillance délibéré de la part des maisons de disques.
     Le consommateur est pris pour une vache à traire, mais c’est parce qu’on applique à la vente de produits artistiques les bonnes vielles recettes marketing qui fonctionnent pour rasoirs et tampons… Donc tant que le « Money » mènera la danse, tous les produits en vente subiront le reclassement par le bas de l’échelle qualitative.  Les actionnaires s’en foutent de ce qu’il y a sur le disque tant que ça rapporte gros.

  • Toto

    C’est que tu n’as pas bien lu le billet car l’auteur dit juste que cette édition risque de souffrir de la loudness par et que remastering nest pas synonyme de qualité. Il reste donc la possibilité d’une bonne surprise…..

  • Capt Swing

    Quelle est le degré d’implication de Waters et de Gilmour dans cette énième remastérisation ?( Vus leurs différents, je pense qu’il doit être voisin du zéro absolu). Je crois que EMI a choisi un ingé-son ou 2 en promettant que leur nom apparaîtrait sur la pochette en aussi gros caractères que PF, le reste, franchement à l’écoute sur un système hi-fi digne de ce nom en FLAC ne justifie guère le prix demandé (j’ai téléchargé pour me faire une idée, j’aime pas acheter les oreilles fermées !!) ni le battage médiatique bien….. orchestré, lui (si je puis dire) ; finalement Wright a bien fait de lâcher la rampe avant d’assister à ce nouvel épisode purement mercantile (un de plus mais dans le monde de l’édition musicale on a l’habitude depuis longtemps…….). Franchement y’a t’il aujourd’hui une personne au monde qui ait acheté le vinyl dans les années 70 + la cassette pour la voiture, puis le cd dans les 80’s, le sacd dans les 90’s, le dvd audio, le blu-ray et maintenant ce machin, je suis fan depuis 1973 mais je garde les pieds sur terre et le sens critique à l’affut. Donc je passe mon chemin et me contente du SACD qui respecte l’esprit de l’enregistrement original sans un bouton loudness à fond et un équilibre entre technologie numérique incontournable et charme désuet des années 70. Et merci pour ce forum de connaisseurs.

  • peter

    peter
     
    Ecoutez wish you where here remaster 2011, à mon sens le remaster est proche du vinyl

  • tonton zienoi

    la remarque sur le volume est juste.
    mais n’est ce pas pour cacher le rendement lamentable de la « hifi » actuelle ?
    de toute façon l’amplification actuelle est tellement pauvre en « attaque » que masterise ou pas c’est pareil.
    allez rien ne vaut un bon michel sardou voire un franck michael.

  • Zoukstory

    Je ne vois pas ce que Sardou ou Michael ont à faire dedans. On parle qualité du son, si par cela vous voulez dire qu’avant les enregistrements étaient de meilleure qualité, je dirai que ça dépend. Il y avait du très bon et du très mauvais, évidemment…mais on garde le souvenir des sommets de la qualité et on oublie souvent les bides, ce qui est humainement compréhensible. En parlant à un vieux  ingénieur de son, il m’a expliqué qu’avant on faisait un gros travail d’égalisation en studio avant d’envoyer la bande master à l’usine de disques. Avec l’enregistrement numérique haute résolution, les ingénieurs auraient la tendance (grâce à leur outils de monitoring très performants) de ne trop pousser l’égalisation car le son leur semble bon. Malheureusement, après-coup ce sont les marketeux qui les rentrent dedans en leur disant que le disque manque de peps, qu’il est inécoutable sur le matos de l’acheteur moyen ciblé. Retour en studio donc, compression, aigus et graves poussés. Pour éviter cela, on égalise souvent à la moderne d’emblée. Et voilà le gros son ronflant du XXI’eme siècle! Faut pas flinguer tous les ingénieurs de son, ils sont pas sourds, mais, comme tout autre employé,  ils doivent obéir aux patrons qui leur versent le salaire. Mais vous avez raison en soulignant que l’équipement audio moderne du consommateur moyen est pathétique.

  • Hardypetit

    Et bien moi je ne vais pas cracher dans la soupe. Je  suis grand voyageur. 50% de mon temps en déplacement aux quatre coins du monde. Quel bonheur de pouvoir emporter avec moi mon armoire de vinyles en 320kbs dans une petite boite de pas plus de 250 grammes. Je n’ai pas le temps aujourd’hui de me poser dans un fauteuil bien centré entre deux enceintes, pour savourer des œuvres qui n’ont plus ce charme exquis de la découverte, qui les rendais tellement meilleurs à mes oreilles. J’ai dans les années 70 pris plus de plaisir à écouter de la musique en mono, qu’aujourd’hui en numérique de haute qualité. Alors oui la qualité sonore est un paramètre, mais la chaîne du son ne s’arrête pas aux membranes des HP. Il y a aussi ce qui se trouve derrière nos typants. Je suis musicien amateur très averti. Pourquoi avec le même matériel et les mêmes réglages, y a t-il des jours ou ça sonne et d’autres pas? 

  • Oppus51

    Tout à fait d’accord. Toute  musique comporte une composante subjective très importante. Sa beauté est souvent dans l’ouïe de l’auditeur (désolé pour la paraphrase maladroite). Si on est de mauvais poil la meilleure chaine et la meilleure musique n’y changeront grande chose.

  • Walter

    Bonjour,
    Dire que plus personne n’a de quoi se payer une bonne chaine HiFi est un peu réducteur…

    Disons que c’est aussi un cercle vicieux. On a dû mal à apprécier sa superbe chaine Hi-Fi lorsqu’on a que des disques pourris sur le marché qui n’exploitent le bon matériel.
    Laissons le MP3 aux balladeurs et exigeons des CD à la hauteur de leur possibilités

  • ncommiss

    Une édition numérique ne pourra jamais égaler un bon vinyl! 😉

  • re

    j’ai acheter Dark Side of the Moon ba c’est de la merde 20 €

  • Adada Hue

    Si elle sera supérieure à un vinyle fabriqué à partir d’un master numérique. Ce qui est le cas de 99% des vinyles fabriqués aujourd’hui. Même si c’est marqué à partir des bandes originales analogiques. Le mastering se fait en numérique sauf à de rares exceptions. Quand à ce moquer de la qualité sonore des mp3, c’est oublier que la majorité des gens écoutaient leur musique sur K7 ou auparavant sur tepaz… Donc on va plutôt vers le mieux sauf en ce qui concerne le vinyle qui aujourd’hui cumule les défauts du son numérique et du support vinyle… Pour avoir participé à des blind test numérique vinyle, le vinyle était le support qui sonnait le mieux mais bizarrement c’était toujours après avoir entendu un petit craquement…