Sémantique : Les caméras dans LOPPSI 2

Changer un mot pour autre, c’est souvent anodin. Sauf quand c’est dans un texte de loi. Ainsi, la loi LOPPSI 2 (Loi d’Orientation et de Programmation pour la Performance de la Sécurité Intérieure), adoptée le 17 février 2010 et dont certains amendements viennent d’être rejetés par la commission des lois du Sénat, comporte un article intéressant, sémantiquement parlant.

La première ligne de l’article 17 change un terme par un autre. Au revoir à la vidéosurveillance, bienvenue à la vidéoprotection. Comme dans la chanson, c’est peut-être un détail pour vous, mais pour [nous tous], ça veut dire beaucoup.

La vidéosurveillance, c’est mal, personne n’aime être surveillée, un peu comme si on était des gamins à qui on ne peut pas faire confiance. La vidéoprotection, c’est forcément génial et pour le bien de tous, puisque c’est pour nous protéger. Ben oui, c’est même le mot qui le dit. Du coup, ceux qui étaient contre la vidéosurveillance − pour des raisons de liberté individuelle, de respect de la vie privée, par peur des abus, etc − ne peuvent décemment pas être contre la vidéoprotection. En effet, qui oserait dire qu’il est contre la protection, dusse-t-elle être apportée par la pose systématique et extensive de caméras ?

Exemple pratique avec ce que pourraient penser les millions de M. et Mme Michu devant le journal télévisé du soir.

– Nous allons mettre en place environ 60 000 caméras, dans le cadre de notre grand plan de vidéosurveillance.
Ha, ils n’ont que ça à faire, à vouloir nous surveiller comme si on était tous des bandits ?

– Nous allons mettre en place environ 60 000 caméras, dans le cadre de notre grand plan de vidéoprotection.
Enfin, ils font quelque chose pour arrêter les bandits. C’est bien, et ça n’embêtera pas les honnêtes citoyens.

Caricatural ? Demandez autour de vous si les gens aimeraient être surveillés. Demandez ensuite s’ils aimeraient être protégés.

Eh oui, on va vous surveiller, mais puisqu’on vous dit que c’est pour votre propre protection …

Web & Hadopi : Prospective pour ayant droit

Billet d’origine disponible sur Turb(l)o(g) sous une licence Creative Commons qui autorise à reproduire le texte tant qu’on met un lien vers la source (comme ce blog d’ailleurs).
N’hésitez pas à diffuser ce texte, simple et clair pour expliquer, même et surtout à des non-techniciens, à quel point le combat des maisons de disques est vain, coûteux, et préjudiciable à ce qu’est vraiment un réseau mondial.

Amis ayants droits, vous êtes dans votre droit, puisque c’est votre droit.

Vous avez le droit de tenter de faire condamner cette partie de l’humanité qui est quasi la seule à pouvoir payer pour votre subsistance, vous l’avez toujours eu, puisque cette humanité a toujours, depuis 40 ans, échangé certaines de vos oeuvres sans payer de droits tout en payant pour certaines autres.

N’avez-vous pas remarqué ? Lorsque la cassette audio est arrivée dans les années 60, avec sa possibilité de fixer soi même sur un support magnétique tout son, celui de la voix, celui de la radio, celui du vinyle que vous aviez vendu puis de le dupliquer à volonté, vous avez hurlé au massacre. Le CD était la solution, mais manque de pot, des malins ont trouvé un moyen de les dupliquer et l’ont industrialisé. Vous avez inventé les DRM, solution radicale, aussitôt contournée. Vous avez poussé à la création d’une loi inapplicable et bancale qui va lancer des filets à des endroits d’ou ceux que vous qualifiez de pirates sont déjà partis depuis des mois.

Et depuis 1980, à en croire les chiffres que vous avancez régulièrement, les ventes chutent de moitié tous les ans. Attendez, je compte, vous ne vivez donc plus qu’avec 0,000000093% des revenus que vous aviez à l’époque ou Jean-Philippe Lecat était ministre de la culture. Ça doit être difficile, la vie, avec l’inflation qui s’ajoute à ça.

Restons sérieux, combien d’argent avez-vous dépensé depuis 1963 pour combattre une chimère ? Combien d’argent vous à rapporté cet investissement ? Quel était le chiffre d’affaire général de votre profession cette année la ? Ajouté à l’inflation, par combien a-t-il été multiplié en 2010 ? Avez-vous seulement une méthodologie fiable pour estimer ces chiffres ?

Vos ennemis d’aujourd’hui ne sont pas les gens qui font du peer2peer ni même les clients du direct download. Lorsque vous n’avez pas la possibilité d’emmener les enfants à EuroDisney, vous allez au square. Si on vous interdit de square, ça ne vous fera pas plus aller à EuroDisney.

Vos ennemis sont tous les gens qui prennent l’argent de votre clientèle pour leur fournir vos contenus et qui encaissent cet argent à votre place. Si vous ne parvenez pas à les faire enfermer, la seule solution est de faire mieux, plus vite et moins cher qu’eux.

Vous et moi savons très bien que vous le pouvez. Essayez, juste pour voir, avec le nouvel album d’un de vos artistes multimillionnaire qui n’a rien à perdre, proposez le en téléchargement pour 50 centimes d’euro l’album en partenariat avec les fournisseurs d’accès (paiement par le client sur la facture du fournisseur d’accès), je suis sur que vous gagnerez autant d’argent qu’en le vendant 10 euro sur iTunes.

Vous n’empêcherez pas les gens de s’échanger vos oeuvres gratuitement, au mieux vous réussirez peut-être à ralentir la distribution tout en poussant les vrais criminels à chiffrer leurs échanges sur le réseau, les rendant encore moins détectables.

Demain vous ferez interdire les sites de direct download via une loi ? Les internautes utiliseront des VPN à l’étranger et continueront. Vous ferez interdire les VPN par une loi ? Ils iront se cacher dans des session web tout à fait classiques. Vous mettrez un flic derrière (ou dans) chaque ordinateur via une loi ? Certains relanceront le marché de l’occasion pour un internet libre et gratuit. Le réseau a 10 ans d’avance sur ce que vous réfléchissez à faire. Réveillez-vous.

Vous avez participé au fait qu’internet soit devenu indispensable à l’humanité en le rendant marchand, maintenant il faut faire avec.

Si vous voulez avancer et comprendre comment tout ça fonctionne et comment l’exploiter, venez discuter avec les gens qui sont nés dans internet. On a l’air de se moquer de vous tout le temps mais on sait aussi discuter. Nous avons des choses à vous apprendre sur notre monde et vous en avez très certainement aussi à nous transmettre du votre.

Comme l’a fort bien dit jcfrog dans son interview donnée à Et-Demain “il y a une solution”, et je vous jure que ce n’est pas de taper sur un réseau qui n’est que la somme de ce que les gens en font. Nos boites email sont ouvertes !

Moto2 : La chute de Tomizawa pouvait-elle être évitée ?

Loin de moi l’idée de discuter de la qualité des soins apportés à Tomizawa après sa chute, sur la rapidité (ou non) des secours, car je ne suis pas apte à juger de ça et je suis persuadé que les dizaines de médecins qui se sont occupés de lui ont fait tout ce qui était possible.

En revanche, quand on regarde la vidéo de la chute en elle-même,on voit que Tomizawa perd le contrôle de sa moto dans une glisse de la roue arrière. Cette glisse a été provoquée par la bande verte située juste après le vibreur. Or ces bandes sont un gazon synthétique disposé normalement pour les courses de voiture. Elles sont tellement glissantes que lors des journées d’entrainement libres sur circuit (à Magny-Cours par exemple), au briefing, le mot d’ordre est répété plusieurs fois : « ne mettez pas les roues dessus, c’est la chute assurée ! »
Mais en course, à la réaccelélération, une roue arrière peut aller visiter l’extérieur du vibreur. Quand c’est de la terre, ça secoue, on perd un peu de temps, et on se remet en course. Avec ces bandes synthétiques, on glisse ou on se fait éjecter. Avec ce dimanche des conséquences dramatiques. À mon sens le premier souci est à chercher ici.

Pour les débats sur l’intervention des secours ou savoir si le drapeau rouge aurait changé quelque chose, ils sont accessoires : au moment de choisir le drapeau jaune ou rouge, Shoya Tomizawa était déjà perdu, pour un bout de synthétique placé pour satisfaire aux normes de la FIA. A pour automobile, quand des motos tournent sur le même circuit.

Une dernière chose, mais elle était prévisible : ceux qui hurlent au scandale en disant que « ça finirait bien par arriver » pour cause de nombre de pilote trop élevés, voire de « motos dangereuses car mal inréglables » (les forums regorgent d’ingénieurs qui savent mieux que les vrais …) feraient mieux de se taire. Les chutes collectives qui ont déjà eu lieu n’ont jamais causé de graves blessures. En l’occurrence, cette chute a impliqué trois pilotes qui … faisaient la course. Oui, incroyable, sur piste et dans un championnat du monde, les pilotes roulent proches les un des autres. Ça peut donc arriver que quand le premier de la file tombe, les suivants le percutent, que le nombre au départ ait été de 17 pilotes comme sur la grille famélique en MotoGP ou de 40 comme en Moto2 (ou en Supersport avant la disette induite par … le Moto2).

En revanche, on peut effectivement se demander si le port d’une combinaison à airbag protégeant le thorax n’aurait pas minimisé les lésions lors des impacts. C’est sans doute sur ce point que devraient se pencher les commissions de sécurité. Et bon sang, virez ces zones de gazon artificiel horriblement glissantes !