Internet

Loft Google, cinq ans après

Ce billet avait été publié le 24 août 2005 sur mon ancien site. Je le recopie ici tel quel, avant de publier un autre billet, en rapport avec les déclarations du PDG de Google.

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Quand ce qui ne devait être qu’un moteur de recherche internet tourne au parfait outil de recherche sur ses utilisateurs.

Google, créé il y a quelques années est aujourd’hui le moteur de recherche le plus utilisé. Une hégémonie qui semble ne pas leur suffire, puisque les services proposés par la firme se sont étoffés un peu plus chaque année.

On peut trouver des cartes sur Google Maps, faire à peu près la même chose en 3D sur Google Earth, utiliser leur nouveau logiciel de messagerie instantanée (notons qu’ils utilisent l’excellent protocole Jabber), indexer ses photos, surfer en utilisant leur barre d’outils, stocker chez eux un énorme paquet de mails, ou encore indexer localement tous les fichiers de l’ordinateur familial

Pourquoi se méfier ?

« Et alors ? » allez-vous me répondre. Soit. Après tout ce sont des services bien utiles, gratuits et sans lien entre eux.

Et c’est là qu’on peut se demander si ces services sont vraiment cloisonnés comme on le pense. Google Desktop 2 fait déjà parler de lui, et on peut se demander ce que Google peut bien faire avec de tels renseignements.

Pris séparement, pas grand chose, c’est certain. Mais en recoupant les données (et quoi de plus facile pour une société maîtrisant à ce point l’indexation de documents aussi divers), il est alors rapidement possible de savoir, pour une personne donnée, ce qu’elle recherche, ce qu’elle consulte, ce qu’elle stocke, à qui elle écrit et le contenu desdits écrits, et ce en toute transparence, car contrairement à Echelon (oui je sais, vous alliez m’en parler, comme de son collègue Carnivore), tout est publiquement annoncé.

par exemple intéressons-nous à cette partie de la note de confidentialité de gmail :

Google se sert également de cette technologie d’analyse pour proposer des annonces textuelles et des informations connexes ciblées. Ce processus est entièrement automatisé, sans aucune intervention humaine.

Donc oui les mails sont lus. Par un programme, mais lus. Et analysés, puisque suite à ça des annonces sont proposées. Quid des informations ainsi collectées ? N’y a-t-il pas un recoin de disque où elles seraient conservées, pour être recoupées avec des données personnelles en provenance des autres services Google ?

Techniquement, maintenir une telle base de données n’est pas difficile (les datawarehouse sont légion chez Google et les disques durs gigantesques ne coûtent pas cher), les recouper entre elles non plus (le datamining étant au point).

Qu’en penser ?

Alors oui, on peut faire confiance aux notes de confidentialité et se dire que le monde est beau, gentil et rempli de bons sentiments. On peut aussi simplement se demander ce qu’il advient d’une telle mine potentielle d’informations si un humain (ce fameux maillon fragile et corruptible) bien placé décide d’utiliser le système à des fins personnelles.

Si l’outil est bien pensé, c’est comme toujours l’utilisation qui peut en être faite qui pose problème, de même que la réunion de tous ces pouvoirs au même endroit. Un monopole n’est bon que pour celui qui en tire profit …

Il ne faut pas oublier que Google vend de l’information, c’est leur boulot. Après, ce qu’ils vendent et à qui, c’est une autre histoire, mais en étant un tant soit peu critique on peut s’interroger sur l’unification de technologies d’information éparses qui deviennent extrêmement intrusives en les rassemblant toutes sous une même bannière commerciale.

Oui, une personne n’ayant rien à se reprocher n’a rien à cacher, le discours est connu, mais dans vie privée, l’adjectif a encore un sens pour moi.

Et pour vous ?

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