Internet

La France blacklistée par Google ?

Quand la Culture se tire une balle dans le pied ? Presque.

Un rapport, remis cette semaine au Président de la République, préconise de taxer les recettes publicitaires des gros sites — basés à l’étranger mais diffusant en France — pour financer la Culture (devrait-on y mettre des guillemets ?), dont les rentrées d’argent ne seraient pas assez fortes.
Passons rapidement sur le fait que malgré les hauts cris de certains à propos du piratage, le cinéma ne s’est jamais aussi bien porté qu’en 2009, avec presque 200 000 000 d’entrées. Oui, 200 millions, mais le piratage en tant que bouc-émissaire est un autre débat. Non, cette fois, c’est dans un autre domaine que la preuve de l’incompétence est manifeste.

À l’origine de ce qu’on nomme déjà « la taxe Google », un constat simple. Certaines entreprises affichent des publicités sur leurs sites. Publicités qui leur rapportent de l’argent. Or, comme ces pubs peuvent être vues par des lecteurs français, il serait logique que l’entreprise en question paye des taxes (en fait, des impôts) sur l’argent gagné grâce aux pubs vues en France.
Tordu ? Certainement, mais comme il ne fuat guère s’embarrasser de jugeotte au moment de faire rentrer la monnaie, on fait une belle annonce en disant qu’une telle chose est scandaleuse, et que, si les caisses sont vides, c’est à cause des profits de Google ou Facebook qui auraient dû revenir à l’État. J’exagère ? Pas tant que ça. Voici ce qu’a déclaré Nicolas Sarkozy le 7 janvier 2010 :

[il faut] lancer au plus vite une expertise pour appréhender fiscalement les activités publicitaires des grands portails et moteurs de recherche internationaux présents en France. Pour l’instant, ces entreprises sont taxées dans leur pays siège, alors qu’elles ponctionnent une part importante de notre marché publicitaire […] Cette fuite de matière fiscale est particulièrement dommageable.

Il suffirait donc, si l’on en croit ce rapport, d’aller frapper chez les grands moteurs de recherche avec un grand sourire et de déclarer :

Bonjour, nous aimerions avoir le listing du nombre de visiteurs français ayant consulté vos publicités (et donc, vos visiteurs) pour vous réclamer un impôt, au prorata de ce que vous avez gagné grâce à notre beau pays.

J’ai du mal à ne pas sourire en imaginant le nombre de courriers qu’il faudra envoyer pour espérer toucher 20 centimes. Tout personne avec une très légère connaissance technique des réseaux comprendra que si cette meusre semble réalisable, c’est un monstre à mettre en place. De plus, il faudra faire confiance aux chiffres annoncés par les sites. À moins de procéder à des perquisitions, mais stoppons là le délire, ils ne le feront pas. Hein, ils ne feront pas ?

Notez que si Google (et autres) doit vraiment commencer à faire le compte des français qui utilisent ses services, j’imagine le pied de nez possible un beau matin :

Bonjour, vous vous connectez de France. Comme vos dirigeants estiment qu’on leur vole de l’argent et que nous ne souhaitons pas nous jouer leur jeu, vous ne pouvez pas utiliser nos services. De même, nous arrêtons de référencer les sites français. Vous êtes coupés du monde, bonne chance !

Car c’est bien ce que n’ont pas compris les zélés qui pondent des rapports plus vite qu’ils ne pensent : si Google gagne de l’argent « sur le dos » de la culture française, il permet aussi à cette même culture d’être visible depuis l’étranger, sans bourse délier. Mais que voulez-vous, quand on a des œillères …
Et à propos de Culture, voici l’avis du New York Post au sujet de cette idée :

Les autorités françaises, toujours contentes d’augmenter les impôts, voient en Google une source possible de cash pour financer la culture française en déclin.

  • Sanson

    Ben, PtitLu, tu n’as pas compris :
    La planète a Google, nous, on a Nicolas !

    Le nouveau Napoléon français : une brillante idée à chaque éveil.

  • feudj

    Mais non, Google ne censurera jamais la France !!
    Tu imagines, perdre 60 millions d’internautes sur 6 milliards potentiels ?!?

    Y’a d’ces cons…

  • @feudj D’autant qu’avec les coupures arbitraires lancées par la Hadopi (si si, un jour, ce machin absurde fonctionnera…), le nombre d’internautes va rapidement baisser.

  • Regis

    Finalement c’est quoi le pire : le déclin de la culture française ou le spectre de la culture américaine… ou chinoise ? 🙂
    Bon, je suis hors sujet, ok.

    A+